Nathalie Quintane, J’adore apprendre plein de choses
La désagrégation de l’Education nationale
Déroutant, sous des dehors comiques, ce livre est cruel pour l’institution scolaire. Il complète Un hamster à l’école (La Fabrique) et La cavalière (P.O.L.) sur le même sujet.
Seul ce dernier fut un projet à part entière dès l’origine. Les deux autres ont longtemps été confondus sous formes de fragments écrits sans objectif précis avant que l’auteure les orchestre.
J’adore apprendre plein de choses a été publié par un jeune éditeur (Clément Boudin) qui n’avait alors publié qu’un livre de Pierre Alferi. La plupart des textes de J’adore ont été déclenchés par des phrases d’experts, de spécialistes de l’éducation, cueilli0se à la radio ou dans des discours.
Tous estiment que ça va mal et ils ont bien des conseils à prodiguer.
Se retrouvent par exemple des phrases d’Alain Finkielkraut et de Jean-Michel Blanquer, qui fournit le titre du livre. Celui-ci se présente en une suite de courts chapitres. Ils illustrent des situations vécues par le corps enseignant. Elles se développent sous forme de dialogues plus ou moins déjantés. Il y a la des histoires sarcastiques plus que des leçons de morale déclinistes ou conspirationnistes.
Et ce livre de cruauté tourne au jeu de massacre moins contre des personnes que des idéologies plus ou moins frelatées ou convenues de l’époque. Elles tournent ici au délire.
L’auteure ne prétend en rien faire comprendre le métier d’enseignant. Elle opte pour la farce faite à notre temps, à notre époque. Elle se moque pour ne pas pleurer mais il ne faut pas trop la prendre au sérieux même lorsqu’elle aborde la discipline, cette hantise des enseignants mais surtout des pouvoirs. Et Quintane de préciser aux lectrices et lecteurs pour qui est conçu ce livre : un inspecteur de l’éducation nationale.
Preuve que c’est une blague sérieuse pour mettre les rieurs de son côté.
S’y mêlent la prétention et la bêtise de propos de formateurs à l’usage des enseignants. Par leur entremise, l’Etat dessine déjà la fin progressive du service public de l’Education nationale, ou sa désagrégation afin que les parents, dès qu’ils ont un peu d’argent, aillent mettre leurs enfants ailleurs. Et l’auteure de restaurer la dictée, l’histoire et le poème dans une oeuvre dont le décousu apparent devient un montage en « cuts » ponctué d’extraits de dictées prélevées dans des Annales, des Annales du Brevet des Collèges.
Si bien que la farce se transforme en document para-historique aux « restaurations » sarcastiques.
jean-paul gavard-perret
Nathalie Quintane, J’adore apprendre plein de choses, éditions Hourra, 2021.