Nadège Cheref, La chair équivoque
Discord danse
Les plaisirs sont les festins du corps (âme comprise) mais Nadège Cheref ne tombe pas dans ce que les gourmands disent. Elle est ici poète parce qu’extralucide (l’inverse est vrai aussi). Et rarement les femmes (mais les hommes aussi) parlent de qui elles sont sans fards, ni poses. Choisissant toujours dans les mots de la tribu des aimant(e)s ce qui l’anime, là où d’ailleurs – avec sous-jacent mais sans abuser – : la phallocratie ancestrale des mâles. Ils brouillent bien les cartes (entre autres du Tendre) avec une telle femme qui sert après tout d’exemple.
Existe ici entre angoisse et peur, joie et plaisir le maelstrom d’émotions de l’auteure qui révèle une surprise. En effet, elle remporte la mise mais de manière particulière. Elle refuse la prétention de qui pense que l’amour ne sauve pas – parce qu’on est mort avant. Néanmoins, elle sait aussi ce que sa liberté (de l’amour) engage.
Certes, à force (si l’on peut dire), restent des amours un espoir qui n’est que douleur, des larmes qui tuent la déchéance même pour celle qui, « nue et lumineuse », jouait inconsciemment son pari pascalien et substantiel de l’amour. Elle s’arrime à ses blessures mais en toute conscience. Elle a (surtout) les mots pour le dire, le faire savoir et nous faire confiance puisque son amour cautionne.
L’amante n’est pas religieuse mais les hommes restent des grillons manipulateurs du barbecue sentimental. A leur aune existe « le plaisir qui fascine et le désir qui tue » selon Baudelaire – mais on peut inverser ces deux données. Elle est plus précise sur ce plan et sort même du seul jeu de l’instant : « parfois on meurt d’amour ; / mais moi je meurs de vivre » et c’est là paradoxalement trouver une force dans un tel engagement. Il y a en elle une folie mais celle de la raison des mots car ici ils cicatrisent en pleine beauté et lucidité.
Nous voilà devant une grande poésie immersive face à ce qui dévore, construit et déconstruit.
lire notre entretien avec l’auteure
jean-paul gavard-perret
Nadège Cheref, La chair équivoque , Tarmac Editions, Nancy, 2025, 52 p. – 15,00 €.