Myriam Eck, Mains suivi de Sonder le vide

Myriam Eck, Mains suivi de Sonder le vide

Nébuleuse de songes

Que faire avec le corps, que faire avec sa tête ? Tout est une question de rapports : non seulement entre eux mais avec les autres. Ce sont eux de fait qui créent le plein ou le vide en nous. Ce qui s’y lève ou s’y creuse. La main de l’autre est au bout de sa main, dans son corps, dans notre tête. Si bien que le rapport au monde joue de variations, d’altérations, d’incomplétudes qui nous échappent. Comme le disait le poète il y a bien longtemps : « un seul être nous manque et tout est dépeuplé ».
Mais Myriam Eyck le dit sans emphase, sans parler d’amour. Elle scande l’essence où les êtres se subsument en une suite de variations, d’altérations dans le motif qu’est la peau, la tête, le corps, la main, ses caresses et ses aveux. Ils font le plein et le délié. Ils sont difficiles parfois à suivre parce qu’à la lumière sombre d’un reste de lucidité se mêle le murmure de la possession ou de l’abandon. Pour le formuler, l’écriture de Myriam Eck préfère une forme d’abstraction qui laisse toute chose ou état en suspens et où la présence devient elle-même son contraire, et la forme l’informe.

Rien ne peut se ranger de manière contractuelle par l’écriture de Myriam Eck. Elle oublie ses repères, se perd dans des replis, des circonvolutions si bien qu’elle échappe à elle-même. Rassembler revient à défaire. Mais c’est ce qui rend ces deux textes si prenants. Au bord de la défaillance rien n’est figé. L’écriture s’y fait plus secrète qu’établie. Elle ne clôture rien, elle serpente dans des labyrinthes d’incertitudes. Il n’existe donc plus seulement deux seules faces et le choix entre elles. Reste la dérive. Elle n’est pas fuite : juste une continuité peu agissante. De fait, il s’agit même d’une errance à peine programmée.

Lire notre entretien avec l’auteure

jean-paul gavard-perret

Myriam Eck, Mains suivi de Sonder le vide , Editions « p. i. sage intérieur, 3,14 de poésie », Dijon, 2015 – 8,00 €.

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