Michel Pagel, L’Equilibre des paradoxes : l’intégrale

Michel Pagel, L’Equilibre des paradoxes : l’intégrale

Voilà un récit à l’opposé des stéréotypes, riche en rebondissements et en trouvailles pour le moins inattendues

Dans la France de 1904, Gilberte et Raoul s’aiment et projettent de se marier. Le couple Schiermer, des amis proches, voit ce projet d’un bon œil et leur permet de se rencontrer aussi souvent que possible lors des réceptions qu’ils organisent. Cette belle histoire se complique passablement quand Gilberte se retranche dans son manoir breton et envoie une lettre de rupture à son fiancé. Elle refuse ensuite tout contact, et ce du jour au lendemain. Raoul, journaliste de profession, mène alors l’enquête, aidé par les Schiermer qui sont tout autant surpris que lui de la tournure que prennent les événements.

 

Mais les réponses qu’ils cherchent ne les amènent pas là où ils croyaient et ils découvrent bientôt qu’un curieux phénomène s’est produit dans la région jouxtant le manoir. Ils vont ensuite de rencontres effarantes en découvertes prodigieuses et réussissent à réunir autour d’eux une troupe disparate composée entre autres d’un extraterrestre, d’une jeune femme baba cool portée sur le haschich et d’un cyborg, aussi effrayant qu’il est effrayé. Et ils ne sont pas au bout de leurs surprises ! Car lorsqu’un curieux scientifique les rejoint et leur explique que les apparitions qu’ils ont recensées font suite à une expérience ayant mal tourné, risquant de modifier l’Histoire, ils décident d’unir leurs forces et de tenter de contrecarrer les plans maléfiques d’un être qui serait le double du scientifique lui-même. Commence alors une course effrénée contre la montre pour empêcher que ces modifications ne se produisent.

 

Michel Pagel fait partie de ces conteurs à la plume habile, capable de mener le lecteur d’une main ferme vers des contrées étranges sans qu’il s’en offusque. Pourtant il fallait oser mêler l’uchronie à ce genre très codifié qu’est la Fantasy. Cela demandait de maîtriser suffisamment le sujet pour éviter tout débordement, ce que l’auteur réussit sans mal. D’une écriture fluide et soignée, Michel Pagel plonge ses protagonistes dans l’ambiance feutrée des salons du début du siècle dernier – tout en se permettant une incartade dans certaine bâtisse à la façade ornée de lanternes rouges – et entrecoupe les actions menées tambour battant par de salutaires temps de repos. Les personnages sont bien pensés et on se pique au jeu des journaux intimes à travers lesquels l’auteur relate l’histoire. Chacun de ces journaux a son ton propre, mais l’ensemble conserve néanmoins une belle unité. Il est difficile de ne pas succomber au charme de ce récit, introduit avec sagacité par une nouvelle de qualité semblable. On appréciera surtout la psychologie fouillée des personnages, dont les aspects se révèlent au fur et à mesure des événements ; l’on découvre ainsi progressivement, tout au long du récit, le caractère et le vécu des héros. Et l’on ne cesse de se délecter des rebondissements, des trouvailles rien moins qu’évidentes dont s’est fendu l’auteur.

 

Un texte à l’extrême opposé des stéréotypes, qui regorge de finesse et de surprises. Rien d’étonnant à ce qu’il ait été récompensé deux fois – par le Prix Rosny Aîné 2000 et le Prix Julia Verlanger 2000.

anabel delage

   
 

Michel Pagel, L’Equilibre des paradoxes : l’intégrale, Denoël, coll. « Lunes d’encre » ,2004, 430 p. – 20,00 €.

 
   

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