Michel Onfray & Jean-Yves Clément, La Raison des sortilèges
Paru le 10 avril 2013 aux éditions Autrement, La raison des sortilèges de Michel Onfray et Jean-Yves Clément propose, au travers d’un long entretien, de faire une immersion dans les contrées les plus musicales, au cœur de l’Homme.
On ne présente plus Michel Onfray. Comme il le précise lui-même (« Michel Onfray : Je sors la philosophie du ghetto », L’Express, 19/10/2012), le philosophe n’est ni agrégé, ni normalien. Lui-même se pose en « vulgarisateur » de cette science qui peut sembler complexe. Rendre accessible l’inaccessible pour synthétiser… Jean-Yves Clément est, quant à lui, écrivain, organisateur de festivals et responsable d’un séminaire de musique classique à l’Université populaire de Caen.
La raison des sortilèges n’est pas un livre en soi, mais une retranscription de deux amis et penseurs qui s’entretiennent sur un sujet qui leur tient particulièrement à cœur : la musique. Dès les premières pages, Michel Onfray explique pourquoi il a accepté ce genre « d’exercice », qu’il avait toujours refusé de faire auparavant. Le philosophe normand tient les livres d’entretiens pour des « non-livres ». Alors, qu’en est-il de celui-ci ? En livrant de tels propos, les exigences attendues deviennent, de fait, plus élevées. Et c’est peut-être la seule véritable « erreur » du livre, s’il doit y en avoir une. Du coup, le lecteur est assez vite pris au piège entre deux interrogations : l’entretien serait-il fait à contrecœur et/ou pourquoi avoir accepté de faire un « non-livre » ?
Mais le mystère n’est qu’apparent puisqu’il est vite balayé d’un revers de baguette de chef d’orchestre. En effet, la complicité des deux hommes justifie à elle seule le livre. Mais c’est aussi et avant tout la même passion qui unit les deux esthètes. Divisé en six parties, La raison des sortilèges est une longue conversation, principalement axée autour de la musique dite « classique ». Cependant, il n’est pas rare de s’écarter du sujet principal pour faire de longues digressions sur la vie même de Michel Onfray ou encore sur Nietzche (digression fort intéressante d’ailleurs !). Ainsi, La raison des sortilèges constituera une source parfaite pour le biographe du philosophe. Le lecteur féru de musique, insatiable de savoir, pourra être quelque peu déçu par le thème ambitieux, qui méritait plus qu’un simple entretien.
Pour apprécier pleinement l’ouvrage, il faut donc ne pas s’attendre à une étude profonde des liens qui unissent philosophie et musique. Il faut lire le livre pour ce qu’il est. Un récit subjectif, dans lequel deux personnes conversent, un verre de bordeaux à la main. C’est aussi simple que ça. Mais il y a aussi du bien à dire, une fois le « deuil » du fond effectué. Le livre a l’immense mérite de rester léger et abordable au plus grand nombre, en s’inspirant – ou pas – de la fameuse phrase de Cioran : « A force d’aller au fond des choses, on y reste. ».
L’ouvrage est à l’image de Michel Onfray. Généreux, jubilatoire et rassurant. Wagner et Chopin se croisent sur les eaux agitées d’une mer de notes tremblantes. Des déferlantes sonores semblent comme s’échouer dans le creux des tympans attentifs. Les symphonies et autres menuets n’ont jamais paru aussi accessibles. « L’ogre », comme il se définit lui-même, parvient à provoquer chez le lecteur une envie insatiable d’écouter pendant des heures entières de la musique, tout simplement. Un Gargantua surgit de nos entrailles.
A la fin de l’ouvrage, la raison du sortilège n’est peut-être pas dévoilée, mais Michel Onfray parvient, au travers de ce long entretien avec Jean-Yves Clément, à nous envoûter pour le plus grand plaisir de nos sens.
Et à tous ceux qui n’oseraient pas s’aventurer dans les sublimes contrées musicales, souvenez-vous de ce qu’écrivit Epicure : « Hâtons-nous de succomber à la tentation, avant qu’elle ne s’éloigne. » . A vos « tourne-disques » !
yoann solirenne
Michel Onfray & Jean-Yves Clément, La Raison des sortilèges, Edition Autrement, 2013, 187 p. – 16,00 €