Interview du poète américain Michael Foldes
Michael R. Foldes est né en 1946 et vit dans l’état de New-York: Il travaille comme ingénieur commercial spécialisé dans les écrans électroniques et les sources d’énergie. Depuis 2004, il dirige et publie « Ragazine.CC » magazine indépendant en ligne de l’art et de la culture. (http://ragazine.cc). Foldes est diplômé de l’Ohio State University en arts et anthropologie. Il a publié des recueils de poésie et des livres. Il est entre autres l’auteur de Sleeping Dogs : une histoire vraie du bébé Lindbergh son enlèvement et le procès de Bruno Richard Hauptmann (Split Oak Press, Ithaca, NY, 2012). Il siège au conseil consultatif de la Campagne pour un choix éclairé des citoyens (http://www.cicorg.com) et le comité de poésie de We Are You Project (http://www.weareyouproject.org/. Il participe régulièrement à des «Crossroads», un événement littéraire international annuel organisé par Mario Moroni de l’Université de Binghamton. Ses articles, des éditoriaux, des poèmes et des récits ont paru dans des publications à travers le monde. Certains dans des traductions en roumain, hongrois et espagnol. Son premier texte traduit en français est publié sur le site Sitaudis.
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Il y a tant à faire. Il faut commencer le travail. « Tant à faire, si peu de temps ».
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Certains se sont réalisés, d’autres ont disparus. Certains ont cédé à la découverte ils étaient simplement les déformations de réalité. Certains sont devenus mes enfants.
A quoi avez-vous renoncé ?
A fumer.
D’où venez-vous ?
Je suis né à Baltimore, je suis parti dans l’état New-York lorsque j’étais enfant. Je suis allé à l’université à l’Ohio et j’y suis resté 11 ans, puis à New-York et je suis retourné au fin fond de l’État. J’ai aussi voyagé pendant tout ce temps.
Quelle est la première image dont vous vous souvenez ?
Bonne question. Probablement les poils sous le bras de ma mère quand elle m’allaitait et la suffocation quand elle a poussé mon visage contre son sein. J’ai toujours eu un rêve récurrent. De la manière dont vous considérez l’image et envisageant comment s’est construite cette image, cela s’est passé au niveau de la naissance, par petits coups et à mesure que je changeais de masse comme si je coulais à travers un laboratoire de chimie prenant la forme de divers « navires » – des flasques, des tubes, des cylindres – jusqu’à finalement rouler au bas d’une douce colline et sortant enfin. Je ne pense pas que j’ai osé avouer cela auparavant.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres poètes ?
Mes expériences. Nous sommes tous différents. Nous avons tous différents buts et point de vue.
Où travaillez-vous et comment ?
Je travaille le plus souvent dans un bureau au bas de la maison où j’habite depuis plus de 30 ans. C’est le même bureau que j’utilise pour mon travail professionnel. Je suis un ingénieur négociant en matériel de vidéos et de composants électroniques. Principalement des vidéos pour des applications spécialisées en médecine. J’ai pris l’habitude d’écrire presque n’importe où : trains, avions, bus, chambre d’hôtel, plage, etc. Mais pour les deux dernières années, ma zone de confort est mon bureau à mon domicile. C’est là où j’ai fait le meilleur travail.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Je ne sais pas si je comprends bien la question.
Quelles musiques écoutez-vous ?
Une grand variété de musique depuis le Rock and Roll des années 60 jusqu’à nos jours. Et beaucoup de choses : de la musique classique jusqu’à la country, au rock, folk, jazz, salsa, reggae… Même mes garçons, qui ont grandi maintemant, aiment ce que j’ai sur mon iPod. Bob Dylan, Johnny Cash, James Blunt, Decemberists, Leonard Cohen, Eminem, Lady Gaga, Eurythmics, Adele… L’autre jour je suis entré dans le DVD du concert “Live Aid” et je l’ai écouté tout l’après-midi. Messiaën, Scriabin, Mozart. Un ami, Eric Ross, qui est un maître du Theramin, interprète un style de jazz qui semble discordant si vous ne lui prêtez pas attention, mais qui s’adapte parfaitement à certains moments.
Quels livres aimez-vous relire ?
Je ne relis pas beaucoup de livres. Celui dont je me souviens et qui m’a étonné après deux lectures est Madame Bovary. Je ne pouvais supporter ce livre quand j’étais au lycée ni me rappeler la fin. Mais quand je l’ai relu il y a deux ou trois ans, je me suis demandé comment j’avais fait pour le rater la première fois.
Lorsque vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Pas l’homme que j’ai eu l’habitude d’être, ni celui je voudrais être. Et je ne veux pas voir la personne vieillissante je suis. Je me demande toujours si ce n’est pas trop tard pour compenser toutes les erreurs où les mauvaises décisions que j’ai faites. Cela est peut-être une de mes plus fortes motivations pour écrire. Je ne peux pas changer le passé mais je peux essayer de le prendre entre mes bras.
Quel endroit à valeur de mythe pour vous ?
Paris reste toujours un mystère. J’aurais aimé vivre quelques temps à Berlin Ouest avant que le Mur tombe.
Quel film vous fait pleurer ?
Indian Palace (Titre v. f., The Best Exotic Marigold Hotel, titre v.o.). Une sorte de « couteau tordu ». J’aime les « happy ends ».
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Qu’on s’occupe du bien-être de ma famille quand je serai mort et enterré. Et un tour sur le Concorde.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ?
D’accord si les deux marchent mains dans la main.
Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
De nouveau ?
présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com en juillet 2013