Michel Host & Margo Ohayon, L’arbre et le béton
Ce livre est un dialogue (presque) intime entre une femme et un homme qui s’écrivent afin de partager souvenirs, angoisses. Le tout avec finesse, sensibilité et surtout intelligence. Le livre devient une réflexion à bâtons rompus sur le sentiment de la nature en ce début de millénaire au moment où celle-ci se réduit – en particulier dans le territoire européen si étroit.
Les deux « amis » au sens que Montaigne l’entendait n’en restent pas aux raisonnements d’usage. Le jeu – sans devenir « dangereux » prend la forme d’une badinerie où les deux auteurs se provoquent jusqu’à peut être se griser…. Toujours est-il que l’entretien lourd (ou léger) de sous-entendus se poursuit en méandres : le paysage se double d’autres visions picturales et littéraires.
Dans ce jeu et à chaque page, des surprises éclatent « de vipère en couleuvre et de Manet à Cranach l’Ancien. Sans oublier Gustave Courbet ». Finalement, le verdict semble donner la femme victorieuse. Mais là n’est pas l’essentiel. Les deux protagonistes effacent les ombres de l’âme en dépit des cubes de ciment où elle se love plus ou moins forcément. Le sentiment de la nature reste celui des deux auteurs. Ils l’éprouvent en ce qu’ils s’écrivent, ils s’écrivent pour la voir à la rencontre d’une nécessité vitale. Ils proposent des figures de sable ou de roc.
Entre force, gravité, ironie, dérision les causeurs libèrent l’esprit de tout ce qui l’encombre et mettent de la lumière sur le royaume de nos ombres. Preuve que la littérature reste l’avant-scène où parfois, à mesure que les lieux se délabrent, tout peut arriver encore. Qu’importe si l’hiver est rude et l’été caniculaire. L’ère du renonculacée est sans cesse annoncée puis retardée mais chaque rosier y a son fumier. Chaque être son pal, son palier, son espalier
jean-paul gavard-perret
Michel Host & Margo Ohayon, L’arbre et le béton, Editions Rhubarbe, Auxerre, 2017, 110 p. – 12,00 €.