Michel Bussi, Les Ombres du monde

Michel Bussi, Les Ombres du monde

Pour Les Ombres du monde, Michel Bussi délaisse quelques temps l’univers du polar pour le roman historique. Il prend pour cadre le génocide perpétré au Rwanda et l’implication française.

Le 7 avril 1994, un Falcon 50 est abattu dans le ciel de Kigali. À son bord, les présidents du Rwanda et du Burundi. C’est le début de l’horreur. Un attaché d’ambassade tente de joindre un responsable à l’Élysée, le monsieur Afrique. Celui-ci vient d’être retrouvé, dans son bureau, une balle de 357 Magnum lui a arraché la moitié du cerveau.
Trente ans plus tard, en 2024, quelques jours avant Noël, Maé reçoit ses cadeaux de la part de sa mère, Aline, et de son grand-père, Jorik. D’abord une cassette de chants enregistrés le jour du mariage de son papy, la photo d’un gorille et un billet d’avion pour les trois. Départ de 25 à 9h12 pour… le Rwanda. Maé est folle de joie. Fascinée par les gorilles, elle pourra les voir dans leur habitat naturel. De plus, ses racines sont dans ce pays, celui de sa grand-mère morte quand sa mère avait trois ans. Son grand-père, militaire, l’avait épousée et est revenu avec sa petite fille. Depuis, il n’est jamais retourné.
En cachette de sa mère, Jorik confie à sa petite-fille un petit cahier noir, le journal qu’Espérance a tenu pendant 46 mois, jusqu’à sa mort. Celui-ci commence en 1990 quand les forces françaises arrivent à Kigali, à la demande du président. Elle écrit : « La première fois que j’ai vu Jorik, je l’ai détesté. » C’est après leur première visite dans le Parc des Volcans, après avoir observé des gorilles, que des mercenaires menacent les visiteurs et emmènent Jorik. Puisant des informations dans le cahier de sa grand-mère, Maé va tenter de retrouver l’ancien militaire dans ce pays inconnu pour elle.

Alors qu’il entre comme Maître de conférences à l’Université de Rouen, Michel Bussi est marqué par le traitement médiatique du génocide en France. Il est complètement différent dans des pays proches comme la Belgique, le Royaume-Uni… C’était une situation épouvantable présentée comme édulcorée aux Français.
La France n’a pas eu de passé colonial avec le Rwanda, mais Juvénal Habyarimana est très ami avec François Mitterrand. Il lui assure que son pays est en proie à un risque de guerre civile, que les rebelles tutsis sont aux portes de Kigali pour demander l’aide de la France. Le président envoie un groupe de l’armée qui arrive en 1990. Les militaires sont bien accueillis par la population qui vit dans un climat de peur alimenté par la dictature. Plus tard, se révèle la manipulation. Le piège se referme sur ces militaires qui deviennent, en partie, un soutien aux génocidaires.

L’auteur s’attache à ces massacres, plus de 800 000 Tutsis en moins de cent jours, pour en démontrer les mécanismes, exposer la réalité et l’implication de la France et d’instances internationales. Rien n’est fait pour arrêter les tueries. Il expose les actes, décortique avec une rigueur de scientifique les processus qui ont été enclenchés et leurs terribles résultats. Il explique que roman est le fruit de vingt-cinq ans de veille documentaire et d’un voyage au Rwanda.
Pour faire vivre ce récit qui mêle faits authentiques élément de fiction, émotions et suspense, il donne vie à des personnages profondément humains, loin du manichéisme. Ils doutent, aiment, fuient, cherchent. Et c’est avec ces failles que le roman trouve sa force. L’histoire d’amour entre Jorik et Espérance est centrale, mais aussi celle entre père et fille, et entre grand-père et petite-fille.

Michel Bussi explore également comment les secrets et les silences traversent les générations, et comment l’amour peut être un vecteur de résilience.
Avec ce livre, le romancier documente, propose un roman engagé. Avec son art consommé du récit, sa manière inimitable de faire croître une tension dans un récit addictif, il se montre émérite pour transformer un pan d’histoire peu reluisant en une œuvre littéraire puissante, pour révéler la vérité.

Michel Bussi, Les Ombres du monde, Les Presses de la Cité, août 2025, 576 p. – 23,90 €.

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