Michel Bourçon, Tout contre rien
Avant que tout se termine, Michel Bourçon propose un « beau » voyage. S’y allie la rapidité au (faussement) machinal. Et une liberté qui, ausssi épuisante qu’elle soit, permet la perception de bien des hypothèses, douteuses ou non. Chez lui, la « carcasse » n’est pas « quiète »pour autant : jusqu’au « bord de ses doutes » un tel animal humain est un des plus braves : il avance. Et si « l’existence se broie elle-même avec détermination », demeure la flamme d’une belle chandelle.
Les mots font alors ce qu’ils peuvent sans disserter car ce serait pour le poète confiner au grotesque. L’existence est suffisamment sur une pente savonneuse pour s’extraire d’un tel exercice de style.
Non que les idées n’aient plus de saveur mais à force elles confinent au néant. Si bien que ce « tout contre le rien » devient une farce qu’il faut pourtant prendre au sérieux. S’y opposer reviendrait à se perdre. Il vaut donc mieux attendre que notre noeud du pendu se resserre.
Pas la peine de jouer au plus malin. Bourçon le sait. Alors, dans l’air pollué, il convient de traverser les choses plutôt que d’être traversé par elle. D’où cette parfaite gymnastique poétique. Elle refuse les figures imposées et avance tant que faire se peut en traversant les champs minés de la réalité là où bien des amis ne plastronnent plus forcément dans le velours mais sous la pierre.
Face à ce qui vient, l’auteur ne joue pas les fiers-à-bras et attend le grand jour en espérant qu’il recule encore un peu. Car si l’éternité est longue vers la fin, la vie court rapidement à sa perte. Et même si nous estimons n’attendre plus rien, l’attente est meilleure que le rien.
jean-paul gavard-perret
Michel Bourçon, Tout contre rien, Editions Vibrations,Strasbourg, 2019, 108 p. – 16,00 €.
