Michel Barrière & Chantal Detcherry, Sables
Les photographies de Michel Barrières et les poèmes de Chantal Detcherry qui les ponctuent créent un ordonnancement par les rythmes. Le silence bat, le sable se cristallise, la lumière respire, s’ouvre, se ferme. Le lieu est un point d’élan, l’eau se cherche sous le peau des sables. Ils semblent dormir, mais nagent pour retrouver la voix de l’eau.
Photographies et poèmes deviennent une geste de surface et de profondeur. Le sable lézarde, désunit, repêche le silence des poèmes, sa voix grave. Revient en mémoire dans le blanc et le gris un appel sourd dont chaque photo garde la trace des instants. Contre la sécheresse de la vie se rejoue l’infini du mouvement : l’artiste en apprivoise l’exil, la poétesse son manque.
L’enveloppe des sables creuse des espaces sans cesse recomposés et à refaire sans cesse. L’acte de création doit se réinventer pour chaque prise. L’univers y est contenu. Le lieu est rendu à sa discontinuité dans l’alliage du mot et de l’image, de la souplesse et de la puissance. Tout reste en tension et tout s’étire par effet d’ellipse. L’attention glisse sur une peau grevée qui se laisse caresser et défaire. Les impulsions s’alternent contre le chaos de la mer. Chaque poème garde son lieu, sa lumière.
Les vers sont absorbés par les lignes invisibles de l’image, en transparence d’un mot vers l’autre, sans appuyer. Photographier, écrire restent des moments de l’instant pur. Existe un chorégraphie en arrêt sur image. Le rythme frappe, le sable ne ment pas.
jean-paul gavard-perret
Michel Barrière & Chantal Detcherry, Sables, Editions Passiflore, Dax, 2017, 52 p. – 16,00 €.
