Michael Finkel, Le Voleur d’art

Michael Finkel, Le Voleur d’art

À Anvers, ce dimanche de février 1997, un charmant couple de jeunes gens visite la Maison Rubens. C’est une statuette en ivoire, représentant Adam et Ève, une œuvre du sculpteur allemand Georg Petel, qui attire leur attention. Elle est présentée sous une petite vitrine en plexiglas fixée sur un socle solide.
Lorsqu’il se retrouvent seuls dans la pièce, pendant qu’elle fait le guet, il commence, avec un couteau suisse à dévisser le socle. Une toux de sa compagne, il reprend la contemplation d’un tableau, puis le gardien parti, il reprend. Il arrête, il reprend. C’est par à-coups qu’il procède et réussit à s’emparer de ce qu’il convoite. Dans la petite Opel Tigra bleu, après quelques kilomètres, les jeunes gens laissent éclater leur joie. Ils vont regagner leur maison, se réfugier dans les deux petites pièces sous les combles, là où sont exposés tous les produits de leur rapines… pour eux seuls.

C’est ainsi qu’opèrent Stéphane Breitwieser, originaire de Mulhouse, et sa compagne, Anne-Catherine Kleinklaus. Le premier s’approprie des œuvres qui lui plaisent pour les avoir près de lui. Entre 1995 et 2001, ils vont commettre quelques 250 vols dans des musées à travers la France mais aussi en Suisse, toute proche, en Allemagne, Belgique, Pays-Bas. Ils réalisent ces vols sans violences, sans dégradations, pendant l’ouverture des musées.
Ce qui motive Stéphane est la possession. Ils vivent chichement de petits boulots, mais à aucun moment ils ne cherchent à négocier les œuvres. À force de réussite, une certaine confiance s’est installée, tous deux se pensant hors d’atteinte de policiers. Ils commettent des erreurs jusqu’à ce jour funeste où ils sont repérés, arrêtés.

Michael Finkel va s’attacher par intermittence, pendant dix ans, à tenter à comprendre leur comportement, les ressorts qui les faisaient agir, les raisons de ce besoin de posséder des œuvres d’art. Il va rencontrer et interviewer le principal intéressé à de multiples reprises, ses proches, les policiers, les avocats, les témoins pour se faire une idée de cette personnalité pour le moins atypique.
Il livre ainsi un récit étayé, un témoignage superbement structuré, écrit avec énergie, qui se lit comme un roman policier. Il fait ressortir les troubles, le psychisme de ce garçon dont il a saisi les motivations profondes, à défaut de celles d’Anne-Catherine qui n’a jamais voulu se raconter.

Ce document sur ce personnage hors normes se découvre avec un bel intérêt d’autant que Michael Finkel a su transformer cette enquête psychologique en un récit palpitant.

Michael Finkel, Le Voleur d’art, Éditions 10/18 n° 7 001, coll. Littérature, août 2025, 264 p. – 8,60 €.

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