Maurice Renoma, Cuba ! (exposition)
Pour Renoma les portraits et les paysages dans les rues de La Havane désignent non une appartenance à un genre mais créent une poésie du réel et une forme spécifique du vivant. La première n’est pas littéraire et la seconde littérale. Le photographe se soucie des formes, des structures pour créer une narration. Elle garde en elle un haut souci de l’image dont l’enjeu est de cerner quelque chose de juste du rapport de l’artiste avec son expérience du pays.
L’artiste refuse les exaltations d’une sublimation factice comme d’une gloire de la misère. L’empathie se traduit par le souci du détail. S’y ajoute d’ailleurs en surimpression ce qui ressemble à un véritable condensé de l’histoire de la photographie et de la peinture. Visages et choses alternent dans les histoires simples de la rue avec une caresse de sensualité et de sensibilité optique presque odorante.
Par la précision de la perception qu’autorise la frontalité visible, tout devient tableau par échantillons et bribes. Exit la solennité sans faire pour autant des êtres des marionnettes. Renoma s’attache juste à la vie sans besoin de surligner la misère (mais pas plus de la biffer). Les photographies dressent un chemin de sensations mais se rapportent aussi à une volonté de lucidité esthétique avec une façon de souligner constamment l’écart entre les choses et les images par au besoin des jeux de caviardages discrets de couleur.
Reste une coagulation captivante dans une imagerie où ce n’est plus seulement l’exotisme qui fait sens. Renoma ne cultive pas une étrangeté. Ni le lieu commun ou l’hermétisme ésotérique. Tout semble venir d’une acceptation en un flux d’affects tirés d’une familiarité native et urbaine. Il n’existe pas de secret dans la photo (pas de sens caché quelque part) mais jaillit un innommé afin que le regard s’y défasse et s’y dépasse dans un journal intime plein de pudeur. Une face inattendue et « objectiviste » de l’artiste s’y déploie.
jean-paul gavard-perret
Maurice Renoma, Cuba !, Galerie Artphotoby, Sophie Leiser, 4 octobre – 31 décembre 2017.

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