Marco Polo et l’Hirondelle du Khan (Éric Bouvron)
Une fable improbable sur le mariage irréaliste des civilisations
Sur la scène règne une atmosphère mystérieuse. Un plan incliné tapissé d’une fourrure abondante laisse présager une intrigue importante par un espace de concentration de l’action. Une musique lancinante, des fumigènes installent une atmosphère pesante. On découvre le jeune Marco Polo, accueilli à la cour de l’Empereur mongol Yuan Kulibai Khan, à l’occasion d’une tractation entre la papauté et la Chine ; si la transaction échoue, elle donne l’occasion de présenter des échanges interculturels qui pourraient être fructueux.
Mais les personnages sont brossés au prisme de leur profil psychologique, une cruauté dominatrice pour l’Empereur, une candeur généreuse pour Marco Polo. Dès lors, leur interaction reste anecdotique, illustrative, attendue.
Au lieu de se développer vers les missions de Marco Polo à la Cour du Khan, à laquelle il a été rattaché pendant dix-huit ans, le propos se concentre sur la fascination réciproque du Vénitien et de la favorite de l’Empereur, procédant d’un amour factice et empreint de fantasmagories. Un texte fragile, romantique à souhait, d’un imaginaire limité, reproduisant des schémas convenus. De beaux personnages, bien campés, un musique exotique et prenante ne suffisent pas à nourrir l’attention du public.
Le spectacle ne soutient pas la comparaison avec la précédente production d’Eric Bouvron, Les cavaliers, adaptation réussie d’un roman de Joseph Kessel. Une fable improbable sur le mariage irréaliste des civilisations. Une représentation un peu exubérante, procédant d’une bonne intention mais se réalisant par une fresque charmante mais peu convaincante, en raison de ses prétentions indues.
christophe giolito
© Sabine Trensz
Marco Polo et l’Hirondelle du Khan, d’Éric Bouvron
Mise en scène : Éric Bouvron
Assistante à la mise en scène : Victoire Berger-Perrin
Collaboration artistique : Damien Ricour-Ghinea
Avec : Jade Phan-Gia, Kamel Isker, Laurent Maurel (et en alternance Eliott Lerner)
Musique et chants : Ganchimeg Sandag et Bouzhigmaa Santaro
Chanteuse mezzo-soprano : Cecilia Meltzer
Musique et création sonore : Didier Simione
Costumes : Sarah Colas
Lumière : Edwin Garnier
Théâtre La Bruyère 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Réservations : 01 48 74 76 99
Site du théâtre : http://www.theatrelabruyere.com/accueil/index.php
Représentations du mardi au samedi à 21h, samedi à 15h30.
Le spectacle a été créé en juillet 2016 à Avignon.