Mathieu Hilfiger, La tour des corbeaux suivi de Faits d’armes

Mathieu Hilfiger, La tour des corbeaux suivi de Faits d’armes

En forme de diptyque, ce livre interroge la guerre comme état permanent du monde et de la langue, une violence diffuse qui menace toute forme de présence. Dans le premier texte, un peuple de corbeaux autrefois souverains raconte sous forme d’épopée aussi poétique que prosaïque sa propre chute depuis une tour dressée vers le ciel. Résonances écologiques, allusions bibliques, éclats de mythe et humour discret composent une parabole fluide et ouverte, dans un style limpide qui évoque Borges, Kafka ou Calvino.

Face à elle, le livre affirme une « résistance par l’écriture : une parole de veille, obstinée, qui refuse la barbarie et l’effacement », précise l’auteur. Le second texte met en scène – en guise de pièce de théâtre implicite – un professeur et son assistant dans un dialogue sur la guerre et la trahison, mais aussi la langue de la fidélité aux Lumières jusqu’à la révélation des rôles réels de chacun. Preuve que le résistant n’est pas celui qu’on croit.

Écrire devient ainsi un geste de maintien, mais aussi la geste pour sauver un reste de sens et d’humanité entre fable poétique, apologue, théâtre et satire de certaines idées. Le tout à travers deux formes très différentes, une même interrogation sur la résistance, l’intuition morale et la responsabilité de la parole, portée par une voix singulière qui trouve ici une liberté formelle. Elle est la poésie en présence, non sans austérité, du labeur mais loin du vague à l’âme.

Mathieu Hilfiger, La tour des corbeaux suivi de Faits d’armes, Corlevour éditions, 2025, 80 p. – 16,00 €.

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