Mark Twain, La Liberté de parole
Petit florilège de l’humour acerbe d’un génie de la littérature
Mark Twain est, de l’avis de beaucoup, l’un des auteurs les plus spirituels qui soient. Ses écrits, en particulier ceux dont l’âge a aiguisé l’ironie, se distinguent par la précision du style et la justesse du point de vue. La moindre remarque, le moindre commentaire, la moindre observation sont marqués du sceau du génie.
Cet opuscule regroupe quelques généreux échantillons de discours et de textes publiés dans des magazines ou des livres, entre 1867 et 1903, compilés dans un ouvrage qui, si court qu’il soit, n’en est pas moins cohérent. Le choix éditorial est en effet de se concentrer sur les morceaux relevant de La Liberté de parole. Un parti pris qui présente l’avantage d’illustrer l’humour acerbe qui caractérise Twain dans sa description des abus et des restrictions de cette liberté d’expression si chère aux Américains. Si Mark Twain est bien connu pour ses talents de romancier, il l’est certainement moins pour ses essais.
Ce livre révèle la véritable étendue de ses talents en proposant, tirés des Complete Essays, quelques-unes de ses œuvres les plus caustiques et les plus drôles.
Prenons à titre d’exemple cette conférence prononcée devant le Monday Evening Club en 1873, intitulée Liberté de la presse, où Twain expose librement sa défiance envers cette presse avide de scandale et de gros titres qui profite d’une liberté chèrement acquise pour salir des innocents, avant de conclure, péremptoire : « il y a trop de liberté de la presse dans ce pays » et « en raison d’une absence totale d’invitation salutaire à la modération, les journaux sont devenus, à grande échelle, une malédiction nationale« .
On croit le voir, debout face à son auditoire médusé, un coude posé son pupitre, le menton dans la main. Il a beau jeu de s’en prendre à la presse, puisqu’il y a affûté ses premières armes.
Témoin privilégié de son fonctionnement, il a aussi fait les frais du singulier manque d’humour de son lectorat lorsqu’il publiait ses premiers portraits satiriques de sommités locales. On reconnaît dans quelques autres textes – Comment j’ai édité un journal agricole ou Journalisme au Tennessee -, sa verve volontiers provocatrice et exquisément méchante.
En un tour d’horizon de son siècle, il met à jour les excès de l’âme américaine, dont il a compris le potentiel de grandeur et de médiocrité. Des textes sur la guerre, la mort, la presse, la politique tout aussi ancrés dans son temps que dans le nôtre.
Dans Quand j’étais secrétaire d’un sénateur, Twain rapporte les prétendus conseils dudit sénateur en matière de « questions délicates » : « y répondre en laissant planer le doute et de façon à les laisser un peu dans le noir« . Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé est fortuite…
Et comment ne pas rire de son Conseil à la jeunesse, véritable ode au mensonge élevé au rang de grand art, ou mieux encore d’art noble et beau, à manier toutefois avec prudence, « sinon vous êtes quasi certains de vous faire prendre« , et auquel on doit s’entraîner de bonne heure.
Le grand regret de l’auteur : « Si j’avais commencé tôt, j’aurais pu passer maître en la matière« . Qu’il se rassure, ses conseils ont depuis lors été fort bien suivis et appliqués.
Voilà donc une heureuse initiative que celle des Editions Rivages. Republier
Ces quelques passages nous rappellent pourquoi, tout juste cent ans après sa mort, il reste l’un des auteurs américains les plus lus. On regrettera seulement que les annotations en fin de chaque extrait se limitent à sa date, sans aucune précision sur son origine (discours, article, première parution dans la presse…). Ces informations auraient été utiles au lecteur pour mieux juger de la visée et de l’impact du propos.
a. de lastyns
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Mark Twain, La Liberté de parole, coll. « Petite Bibliothèque », traduit de l’anglais (Etats-Unis) et préfacé par Thierry Gillybœuf, éditions Payot-Rivages, novembre 2010, 110 p.- 6,50 € |
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