Marion Lafage, Incise à Venise
Incise, intercalée
Les images classiques de Venise ne produisent pas forcément l’extase. Il faut pour sortir du chromo passer par quelque chose qui dérape, casse. La poésie de Marion Lafage le prouve et devient dans un tel paysage incise et intercalée.
S’appuyant paradoxalement sur les reliefs de la réalité quasi quotidienne de la ville, la matérialité devient évocation : le plein se défait au profit du creux là où le verbe n’est pas pour bavarder. Surgit une forme de sidération géographique et orphique par les mots là où le voyage traditionnel passe à travers ses bordures en un paysage sourd.
Certains confins (pompiers nautiques, bateau ambulance, etc.) sortent de la « pompe ambiante » . D’où un kaléidoscope de captations visionnaires par la magie de la langue la plus précise qui soit pour jouer d’un rythme particulier. Ici, jusqu ‘à un « bijou d’âge d’or », un « croissant de lune fine » qui fond,, de la chute à l’ascension, sur la lagune et ses sillages là où toute une histoire (littéraire comprise) de la cité n’est pas absente : elle jubile.
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jean-paul gavard-perret
Marion Lafage, Incise à Venise, Encres Vives éditions, coll. Lieu, 2025, 24 p. – 6,60 €.