Mario Belardinelli, Il Risorgimento e la realizzazione della communità nazionale

Mario Belardinelli, Il Risorgimento e la realizzazione della communità nazionale

Comment est née la nation italienne

L’année 2011 correspond au 150ème anniversaire de l’Unité de l’Italie, réalisée au terme du processus du Risorgimento. Cet anniversaire – d’autant plus important que ce pays traverse une crise d’identité profonde et que des forces centrifuges sont à l’œuvre – suscite la publication d’une multitude d’ouvrages, de qualité fort variable. Nous voudrions mettre en avant celui de Mario Belardinelli, professeur à l’université Roma Tre. Avec une grande clarté, un esprit de synthèse remarquable, et de nombreuses informations, il trace le parcours qui, depuis l’époque napoléonienne jusqu’à l’avènement du fascisme, a conduit à la formation d’un Etat et d’une nation.

La tentative d’hégémonie que les Français, derrière le paravent de la diffusion des idéaux révolutionnaires, tentent d’exercer sur l’Italie constitue la matrice du mouvement national italien, même si l’Autriche prend vite le relais. Après 1815, les restaurations monarchiques tentent d’étouffer la montée des groupes nationalistes dont les idéaux et les méthodes peuvent varier, mais qui tous cherchent à unir la péninsule d’une manière ou d’une autre. Les crises de 1821, 1830 et 1848 sont analysées avec perspicacité, notamment les raisons de leurs échecs : faible adhésion populaire, force militaire de l’Autriche, entre autres.
C’
est alors qu’émerge la figure de Cavour, qui tient une place centrale. L’étude le replace bien dans le contexte piémontais, italien et aussi européen du milieu du XIX° siècle, et reconnaît toute l’habileté de cet homme d’Etat, incarnation du courant national-libéral, et qui récupère, au profit de la dynastie de Savoie et du principe monarchique, le mouvement national.

On ne peut que se féliciter que Mario Belardinelli ne clôture pas son étude par l’unification du pays, en 1870 avec la prise de Rome mais la poursuive dans les décennies suivantes. Car, il décrit avec détails le lent et difficile processus d’intégration des forces hostiles au nouvel Etat dans la communauté nationale, les socialistes et surtout les catholiques. La Question romaine est décrite en détails depuis le refus de la Loi des garanties et le non expedit, jusqu’aux années de pouvoir de Giolitti qui jouent, à cet égard, un rôle considérable qui est bien mis en lumière. Par contre, le pacte Gentiloni et ses conséquences auraient pu être davantage étudié.
I
ci comme ailleurs, la Grande Guerre accentue le mouvement, les catholiques, depuis le simple fidèle jusqu’au clergé, ayant fait leur devoir patriotique. Mais en même temps, le conflit a libéré des forces idéologiques nouvelles, en a approfondi d’autres et accentué des fractures politiques, tout en exaltant le nationalisme. De ce point de vue, Belardinelli explique bien la mutation qui s’opère, depuis le droit des peuples à la liberté et l’indépendance jusqu’à celui de dominer les autres.

Ce livre confirme que l’Italie n’est pas – pour ceux qui en douteraient – une construction nationale artificielle. En un demi-siècle, ses dirigeants sont parvenus à construire une véritable communauté nationale qui a montré toute sa force entre 1915 et 1918 (comment expliquer autrement l’engagement volontaire d’immigrés italiens installés aux Amériques ?) mais aussi face à toutes les autres graves crises que l’Italie traverse pendant la seconde moitié du XX° siècle. La comparaison avec sa voisine yougoslave est suffisamment éclairante sur ce point. L’ouvrage offre donc une bonne synthèse pour un public étranger.

f. le moal

   
 

Mario Belardinelli, Il Risorgimento e la realizzazione della communità nazionale, Roma, Edizione Studium, 2011, 319 p. – 19,00 €

 
     
 

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