Marie Treps, Enchanté de faire votre plein d’essence et autres joyeuses calembourdes
Avec Enchanté de faire votre plein d’essence et autres joyeuses calembourdes de Marie Treps, pas question de pousser la grammaire vers la sortie, au contraire ! Cet ouvrage à la fois réjouissant et pertinent, a le mérite de nous faire aimer les mots tout en s’amusant. Petit tour aux pays enchanté de la calembourde, attention terrain glissant !
Marie Treps est linguiste et sémiologue. Elle a déjà publié de nombreux ouvrages dédiés à la langue française, aux éditions du CNRS et du Seuil. Amoureuse des mots, c’est un livre drôle qui prête à la réflexion qu’elle nous propose à travers Enchanté de faire votre plein d’essence, aux éditions de La Librairie Vuibert. Qui n’a jamais usé de la calembourde ? Du « bon appétit, bandes d’abrutis » au plus subtil « vie de déboires » tracé par la plume de Marcel Proust dans Sodome et Gomorrhe, le jeu de mot n’est jamais très loin. Marie Treps s’efforce tout au long de l’ouvrage de « déculpabiliser » les auteurs de ces farces langagières, d’une lourdeur dont les pauvres malheureux sont accablés. En tant que linguiste, l’auteur réalise une sorte de petit historique du calembour et de sa perception dans la société. Près d’une centaine de plaisanteries sémantiques, que de vocabulaire !, sont passées au peigne fin, analysées et commentées. Les plus fameux « calembourdeurs » professionnels sont pris en exemple. Parmi ces illustres compositeurs burlesques, ni plus ni moins que Marcel Proust, Honoré de Balzac, Albert Cohen mais aussi Coluche ou Frédéric Dard… Du beau monde se presse pour contempler et manier dame Calembourde !
Si l’on sort réjouit de cet ouvrage, on en sort aussi moins bête ! Pour la petite anecdote : saviez-vous que la fameuse expression « avoir un œil de lynx » n’est autre qu’une forme de calembourdage ? Le pauvre Lyncée, argonaute dont l’œil transperçait les murailles, est passé à la trappe du temps. « Avoir un œil de Lyncée » ne faisant plus l’unanimité, monsieur le lynx, tout fier qu’il est, lui a subtilisé son expression ! Vous voulez en savoir plus ? Le reste dans Enchanté de faire votre plein d’essence.
Seule petite ombre au tableau, il en faut bien une, l’ouvrage est entrecoupé par une nouvelle « Le roman de Madame Rose », où Marie Treps se livre à un exercice de style assez raté. Les calembourdes s’enchaînent, sans subtilités aucunes. Cela étant dit, cette « fausse note » n’entrave en rien l’intérêt premier de l’ouvrage qui est avant tout celui d’apprendre, comprendre, s’amuser et pratiquer par la suite. Petit cadeau, à la fin du livre, un Dingo-Dico répertorie les calembourdes les plus fréquentes mais aussi les plus originales, que chacun pourra s’amuser à ressortir dans les conversations les plus mondaines afin de blesser le temps.
yoann solirenne
Marie Treps, Enchanté de faire votre plein d’essence et autres joyeuses calembourdes, Paris, La Librairie Vuibert, 2013, 170p. – 14,90€