Marie-Philippe Deloche, Pièces

Marie-Philippe Deloche, Pièces

Marie-Philippe Deloche, après la poésie, prend le parti du théâtre car, dit-elle,  » il perturbe la vie. Il la rend passionnante et épouvantable ». Et l’auteure ouvre une suite de pièces pour mettre en scène des existences de personnages qui nous gouvernent. Cette série est remplie de pièges et d’illusions, de chausse-trappes, et la créatrice d’ajouter : « le théâtre se nourrit même des choses horribles qui dévorent à leur tour le meilleur et le pire. Il se nourrit de tout et il croit en nous ».

A nous de voir ce que l’auteure instaure en sachant apercevoir sous de la matière, sous de l’expérience, sous des mots la « différance » chère à Derrida – bref le travail inverse quand nous vivons détournés de nous-mêmes pour cause d’amour-propre, de passion, d’intelligence ou d’habitude.
La dramaturge montre comment ses personnages, sous leurs impressions vraies, les cachent par des nomenclatures ou des buts pratiques qui s’appellent ici faussement la vie. Ce théâtre devient en conséquence un trompe-l’œil. Chaque personnage y rapproche un moment du passé, incompatible avec le présent. Mais qui peut se prolonger d’une pièce à une autre parfois en forme de futur antérieur.

Le spectateur devient au bord du réel, au bord de la scène où les héros leur parlent. Parfois, écrit l’auteure, « le plateau ne sera pas euclidien, et les comédiens ne seront pas genrés. J’ai fait un casting. Il faut que tu les rencontres ». C’est très habile et intelligent pour remonter bien des histoires. Et de tels histrions, à la recherche du passé, jouent les personnages de manière grandiose.

Marie-Philipe Deloche souligne dans son théâtre de telles créatures souvent pirandelliennes en quête d’auteur. Elles s’expriment pour les autres tout en faisant voir leur propre vie. Elles ne peuvent pas vraiment l’« observer » mais se disent grâce à un tel théâtre où leurs existences se vivent à rebours.

Marie-Philippe Deloche, Pièces, PlanetS editions, 2025, 170 p.

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