Marie Philippe Deloche, Assise dans les herbes des dunes
Visibles, les images de Marie Philippe Deloche ne sont jamais réductibles à l’apparence. Mais elles ne se limitent pas plus au domaine de l’illusion et du trompe-l’œil. Elles s’entrouvrent au milieu du froid et deviennent aussi mélodieuses qu’intenses : leurs vagues de lumière mordent les murs et les âmes. Les propositions plastiques deviennent une voix silencieuse aux profondeurs nocturnes dans la lumière. Leurs incisions font traces et mélopées. Surgit un « Verbe » mystérieux dans ce qui tient d’un exercice spirituel. Il tatoue la nuit de ses injonctions.
Elles imposent leurs ouvertures où l’errance reste toujours axée vers la présence sourde de l’inépuisable. Les mots sont un combat contre la ruine et le nocturne voire – et à l’inverse – lorsqu’ « on se sait déjà au ciel / même sans les oiseaux de Paris ».
Mais ce savoir est une croyance. Il est temps de se ré-amarrer à la Terre. Si bien que l’image qui pourrait apparaître « pure» revient un phénomène empirique et sensible. Elle révèle parfois une réalité antérieure à la conscience, comme avant l’intervention du moi-sujet qui la reçoit et participe à sa révélation. C’est alors que la Chinoise sort des enclos, des cloîtres voire des « forêts chartreuses »
Il faut à ce moment-là « écouter » l’image en son « verbe » mystérieux. Car celles et ceux qu’on dit « heureux » sont ceux qui savent entendre. C’est un exercice spirituel. Mais dont le corps n’est plus absent.
Y palpite ce qui survient. Il y a un au-delà de l’image dans la vérité de sa matière et au cœur du monde. Jaillit la présence plus qu’un simple témoignage. Elle est habitée de l’inépuisable auquel la créatrice donne présence.
jean-paul gavard-perret
Marie Philippe Deloche, Assise dans les herbes des dunes, Editions Mains-Soleil, Saint-Christol-Lès-Alès, 2018, 50 p.