Marco Del Re, La déraison du monde/Jardins
Les jardins suspendus de Marco Del Re
C’est à Saint-Paul de Vence que Marco Del Re après de nombreux voyages a composé ses jardins insolites dans l’extase de la lumière méditerranéenne. Une avalanche de formes gonflées de couleurs s’anime d’un souffle intérieur. L’immobilité semble mordre l’air. Le paysage sort de toute docilité. Il est métamorphosé dans un alphabet indomptable loin de toute narrativité. Reste l’exubérance que peu à peu l’artiste ose inspiré autant par les collines qui plongent vers la mer que par la grâce du trait et des couleurs. L’artiste instruit et déploie un chaos ivre baigné de solarité.
Découvert grâce à Yoyo Maeght il y a plus de vingt ans, architecte, graveur, dessinateur, sculpteur et designer, Del Re reste avant tout un peintre. Son œuvre demeure à la jonction de la tradition classique et la peinture contemporaine. Il puise encore son inspiration dans la littérature et la mythologie mais, de plus en plus libre, il devient l’héritier direct de peintres tels que Braque et Matisse. Avec ses dernières toiles, son paysagisme empreint d’italianité devient une vision de mirages et un miroitement de rêveries végétales et florales baignées d’un panthéisme raisonné.
Partant de figures quasiment ornementales, Del Re s’éloigne de plus en plus du paradigme de la réminiscence dans laquelle mitonne toute une peinture académique.Pour l’artiste, la sensation n’est plus proustienne : elle devient le médium privilégiée par lequel s’opère la révélation d’un enchantement. N’hésitant pas parfois à employer le « crayon iodoforme » pour mieux inciser le trait corrosif et, dit-il, « hystérique », l’artiste sa plaît à dessiner à l’envers puisque la vie elle-même est souvent ainsi. L’oeuvre en devient le poème fantôme mordoré dont la ligne de fuite ultime, rescapée lointaine de l’éboulis initial, renvoie à l’espérance habitable.
Laissant couler sur le support l’encre ou la peinture seulement lorsque – dit-il -« le bâtiment est en péril », celui qui connaît les enjeux abstraits de l’art, même lorsqu’il semble figuratif, crée des équilibres tendres et fragiles. Il invente des danses sensorielles de volutes et de taches aux couleurs violentes ou tendres au-dessus du vide. « Il n’est pas nécessaire de s’ouvrir les veines, ni de manger des oranges d’Italie pour dessiner à la sanguine » écrit Del Re. Il sait que l’art ne raconte pas mais entretient un dialogue infini avec la nature. L’artiste ne cesse d’y retourner pour élever ses œuvres intenses. Par leur fête, ses sensations, elles, encensent la vie dans ce qu’elle a de plus secret et enivrant.
jean-paul gavard-perret
Marco Del Re, « Jardins », Galerie Maeght, Paris, jusqu’au 23 janvier 2013
Marco Del Re, « La déraison du monde », coll. Entretiens, Maeght Editions, Paris, 2012
