Marcelin Pleynet, Le Pontos

Marcelin Pleynet, Le Pontos

Critique de la poésie

Pleynet a choisi le mot grec de Póntos parce qu’aucun mot en français ne désigne ce qui lie chemin et cheminement. Car il ne s’agit pas d’un espace à parcourir d’un point à un autre, mais d’un lieu à ouvrir là où n’existe aucune route.
Ou, si elle existe, elle est grevée de détours imprévus, non tracée d’avance et qui nécessite un franchissement à travers des régions aussi familières qu’inconnues. Celles d’une histoire, l’ « His­toire de l’Occident déterminé par la Métaphysique ».

A ce titre, Póntos s’inscrit dans l’ensemble de Stanze dont les premiers Chants ont paru en 1973. Mêlant la métaphysique à une subjectivité spécifique qui refuse le biographique, ce texte exigeant se veut anti-lyrisme mais pas seulement. Il se déploie par-delà la Haine de La poésie de Bataille mais aussi en écho à Madame Edwarda, Le Bleu du ciel et la Part maudite. 

Póntos prouve qu’à l’impossible tout poète est tenu sauf s’il se confine dans l’ennui et la stérile vanité de l’intelligence commune et de la médiocrité du tout-venant. Bref, le livre s’impose comme une expérience poétique existentielle.
L’auteur crée un pont entre le monde sensible qui n’est pas qu’un ici-bas quoique changeant, purement apparent et irréel mais aussi celui de la vallée de larmes, par opposition au monde de félicité éternelle.

Contre l’idéalisme de « la belle poésie » et de ses complaisances l’auteur propose un questionnement qui fait jouer les éléments mobiles contre ce qui ferme. Ici, la « poïésis » devient la modalité de la création du présent et le surgissement de son existence dans une apparition actualisante portée vers ce qui brille et regarde vers nous.

jean-paul gavard-perret

Marcelin Pleynet, Le Pontos, Gallimard, 128 p. – 19,00 €.

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