Marcel Theroux, Jeu de pistes
La fin vaut la peine de supporter les deux premiers tiers du livre
Jeu de pistes est d’abord paru en anglais sous le titre The Confessions of Mycroft Holmes. Pour ceux qui l’ignorent, Mycroft est le frère ainé de Sherlock, et s’il n’apparaît que peu dans les intrigues de Sir Arthur Conan Doyle, l’auteur l’a néanmoins doté d’une vive intelligence et d’un fort charisme. Mais aussi d’une nonchalance peu compatible avec la méticulosité de son frère.
Il n’en faut pas plus pour intriguer, quand on songe que Marcel Theroux appartient lui-même a une famille peu banale. Fils de l’illustre Paul Theroux, romancier et écrivain voyageur, il est aussi le frère d’Alexander Theroux, lui aussi écrivain, et de Louis Theroux, journaliste reconnu par la profession. Marcel n’est toutefois pas le vilain petit canard qu’est Mycroft, puisqu’il a déjà été récompensé de plusieurs prix. D’ailleurs, assez étonnamment pour un livre qui au fond repose sur un mystère brodé autour du personnage fictif de Mycroft et du parallèle qui sera fait entre lui et l’un des personnages principaux – quoique défunt – de Jeu de pistes, Mycroft n’apparaît qu’aux deux-tiers du livre. Et avec lui la réelle intrigue.
Jusque-là, le lecteur fait la connaissance de Damien March, la trentaine, journaliste sans ambition à la BBC, et qui s’ennuie ferme dans son travail de nuit : le désastre majeur de ma vie, avoue-t-il à la page 54, a été mon incapacité à admettre que j’étais malheureux. Le roman s’ouvre sur l’annonce de la mort de son oncle, Patrick, sorte de figure tutélaire – la mère de Damien est morte quand il avait six ans, il ne parle plus à son frère, et son père n’a jamais été très démonstratif en matière de sentiments. Et pour couronner le tout, Patrick a fait de son neveu préféré l’héritier de sa maison de Cape Cod, à la seule condition qu’il l’habite sans y apporter la moindre modification.
Damien, qui était déjà tiraillé entre ses origines américaines et britanniques, se retrouve expatrié et reclus dans une la demeure remplie de babioles d’un oncle excentrique, entre collections hétéroclites et autres objets improbables. Hormis des voisins sourd-muets, il est totalement seul. Passée l’exaltation du dépaysement, il se rend compte qu’il est devenu l’héritier d’une cahute en bois poussiéreuse, vieillotte, pleine à craquer, nécessitant un entretien de tous les instants et sujette aux accidents (p. 134). Bref, un traquenard. Débute alors une lente – très lente – exploration de la maison. Un mystérieux cambriolage va servir de déclencheur au jeu de piste annoncé.
Le roman semble donc ne commencer qu’au moment où il devrait entamer sa conclusion. Le lecteur patient sera récompensé s’il atteint le moment où Damien se lance dans la lecture des écrits de feu son oncle. Car c’est là que le mystère tant attendu tout au long de ces pages prend enfin forme. Jusque-là, si le personnage principal est attachant, on ne parvient à se défaire de l’idée que l’auteur joue avec nos nerfs, en étirant les phrases et les pages, les chargeant de détails sans grand intérêt pour la suite. Au risque de nous perdre.
agathe de lastyns
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Marcel Theroux, Jeu de pistes, traduit de l’anglais par Stéphane Roques, coll. feux croisés, Plon, novembre 2011, 238 p. – 21,00 € |
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