Marcel Proust, Lettres à Horace Finaly
Henri ou comment s’en débarrasser
La correspondance de Proust est très abondante et la plupart a déjà été publiée. Mais elle s’enrichit désormais de seize lettres inconnues de Proust à son ami d’enfance, le grand banquier Horace Finaly. Elles datent de la fin de la vie de Proust, à un moment où se resserrent les liens qui s’étaient un peu distendus.
Marcel et Horace se reportent souvent en souvenir à la période où s’est nouée cette amitié, au lycée Concordet. Parmi les photographies jointes à cet ouvrage et où l’on constate la proximité entre Marcel et Horace, apparaît aussi Alphonse Darlu, le professeur de philosophie qui aura une influence si profonde sur la pensée de Proust.
Ce dernier est toujours demeuré fidèle au milieu intellectuel où il s’était formé et qui lui a permis de s’introduire dans les salons où son esprit a brillé. C’est avec ses amis de lycée qu’il fonde en 1890 la revue Le Banquet, dont Finaly est le trésorier et y publie des vers pour une muse.
Thierry Laget a mené a bien le déchiffrage et l’édition de ces lettres qui contiennent aussi des informations sur Proust et sur les personnages de La Recherche (en particulier Albertine). Elles apprennent beaucoup sur les années de jeunesse de Marcel Proust : séjour à Ostende, excursion à Douvres, relations avec les parents d’Horace.
Mais elles montrent surtout l’amitié en œuvre : les condoléances de Proust à Finaly lorsque celui-ci a le malheur de perdre son épouse sont un modèle du genre et aussi le dévouement de cet ami.
L’intérêt essentiel tient cependant à la tragi-comédie que vit l’auteur de La Recherche avec son secrétaire et ami Henri Rochat, ancien serviteur au Ritz et qui vécut chez lui et à ses crochet,s de 1919 à 1921. Proust ne sait comment s’en débarrasser. Et il fait appel à Finaly pour expédier ce modèle d’Albertine au Brésil comme employé d’agence de sa Banque où il sera des plus indélicats.
Proust tente de sortir de cet imbroglio héroï-comique. Comme toujours dans ses lettres, l’auteur cultive la délicatesse de l’euphémisme en usant au besoin d’habiles rodomontades. Mais il peut être cruel. A propos de Rochat, il écrit : « il fait partie de cette catégorie d’êtres qu’on ne peut pas livrer à eux-mêmes complètement. On fait leur malheur et le malheur d’autres qui n’y sont pour rien, en leur donnant une liberté funeste. C’est pourquoi je le cloitrais chez moi. ».
L’auteur en reste fort marri même si la mort de Rochat permettra d’offrir une clé à une telle histoire pour laquelle son ami s’est largement dévoué.
jean-paul gavard-perret
Marcel Proust, Lettres à Horace Finaly, Édition de Thierry Laget, avant-propos de Jacques Letertre, Gallimard, collection Blanche, 2022, 132 p. – 16,00 €.
One thought on “Marcel Proust, Lettres à Horace Finaly”
Que de nouveautés offertes par le sieur Laget ! Proust en amitiés perd ses paperolles et retrouve une humanité bien soulignée par JPGP .