Marc Villard, Les Portes de la nuit
Quatre nouvelles urbaines noires agrémentées de photos d’artiste.
On connaissait le roman de Jacques Prévert. Avec ce recueil de nouvelles préfacé par Didier Daeninckx et richement illustré de photographies en noir et blanc de Cyrille Derouineau, il faudra aussi penser à Marc Villard.
Les Portes de la nuit compte quatre nouvelles. « Du côté des étangs », « Faudrait savoir », « Tropical » et « Tête cool » reprennent un thème cher à Marc Villard : celui de la ville et de sa violence. Ici, le monde est noir. Très noir. Un peu comme dans Le Temps du châtiment d’Ed McBain à qui Marc Villard fait irrémédiablement penser. Et ce, depuis longtemps. Marc Villard plante ses personnages en banlieue parisienne. Ils sont tout sauf extraordinaires. Leurs histoires sont celles de tout le monde. Leurs vices, leur défauts, aussi.
On est surpris de découvrir un coin de ciel bleu à la lecture de « Tropical ». Malgré l’alcool, le héros s’en sortira et aura des raisons de survivre. Une touche d’espoir. Villard ne nous y avait pas habitués. Les trois autres nouvelles sont plus de l’ordre de l’attendu. Le drame est inévitable et laissera des traces indélébiles. Voire, sentira la mort.
Marc Villard, depuis vingt ans, confirme qu’il est un excellent auteur de romans et de nouvelles noires. Ces dernières années, il s’est, entre autres, essayé à la littérature pour la jeunesse. Avec Cyrille Derouineau, il revient à un thème plus classique mais sur un support de qualité qu’on ne lui connaissait pas. Le recueil de nouvelles, sorti chez Eden, se présente comme un livre d’art. Le tout – nouvelles et photographies – donne un ensemble surprenant.
Notre photographe s’est déjà accoquiné, en 2002, avec Jean-Bernard Pouy pour Sur le quai, un court roman paru chez Terres de brume dont l’action se situe sur le port de Saint-Nazaire. C’était sa première collaboration noire, et les illustrations ne représentaient qu’une infime partie de l’ouvrage ; dans Les Portes de la nuit, elles prennent plus de place. Certaines s’étendent en double page. Sans pour autant être toujours en parfaite adéquation avec les textes de Marc Villard, elles ne déparent pas. On sent, entre les deux artistes, une certaine parenté. On pourrait presque parler de filiation tant Cyrille Derouineau fait figure de jeunot par rapport à l’écrivain. Leur rencontre nous paraît alors ne pas tenir du hasard. Comme si, depuis longtemps, elle était inéluctable.
julien védrenne
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Marc Villard, Les Portes de la nuit (Photographies de Cyrille Derouineau), Eden, mars 2005, 61 p. – 23,00 €. |
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