Magali Duru, Les beaux dimanches
En quinze textes très différents, Magali Duru propose d’attrayantes approches des critères d’écriture de la nouvelle
Écrire une nouvelle peut s’apparenter à un exercice de style : la brièveté oblige l’auteur à planter rapidement le décor, à escamoter une intrigue simple dans laquelle se meuvent des personnages dépeints sommairement et à imaginer une fin toujours surprenante. Magali Duru répond très strictement à ces exigences et offre au lecteur quinze variations très appliquées.
Chacune de ces nouvelles est originale. Toutes sont différentes, aussi bien par leur forme – conte, enquête policière, journal intime… – que par le cadre – l’histoire se déroule aussi bien au Japon qu’en France – ou encore par le type de personnages mis en scène – l’on trouve un peintre, un prisonnier, un bellâtre, un jeune garçon, une vieille dame, une femme au foyer désespérée… Variété, donc, sur tous les plans : décors, personnages, ambiances.
Indépendantes les unes des autres – on les lit comme autant de morceaux distincts – ces nouvelles traitent presque toutes du thème de la mort. Une mort souvent violente, source avant tout de soulagement pour celui qui l’inflige, délibérément ou non. Magali Duru a tenté l’entreprise périlleuse d’évoquer le mal ordinaire qui naîtrait de sentiments profondément humains : solitude, impression d’abandon, vengeance, jalousie, envie… Mais contrairement à ce qu’on aurait pu craindre, ces nouvelles surprenantes, nourries des travers qui concernent chacun d’entre nous, ne sont en rien moralisatrices.
La nouvelle qui a donné le titre au recueil, « Les beaux dimanches », relate avec tendresse et amertume les dimanches d’une sœur rendant visite à son frère. Cette journée que la plupart des gens consacrent au rôti familial ou au repos dominical est bien différente pour ses deux êtres. Lui est emprisonné pour meurtre et évoque ses rêves d’évasion par l’écriture. Qui, d’elle ou de lui, est véritablement libre ? La sœur peut-elle vraiment se fier à ce frère qu’elle aime ? À cet assassin, malgré tout… Le style de Magali Duru est elliptique et concentre en quelques mots précis de nombreuses émotions et interrogations.
Dommage qu’il soit difficile de trouver ce recueil dans le commerce : rendez-vous donc sur le site des éditions Quadrature, où vous retrouverez l’ensemble du catalogue de cette petite maison belge exclusivement dédiée à la nouvelle.
matilde piton
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Magali Duru, Les beaux dimanches, éditions Quadrature (Louvain-la-Neuve), octobre 2007, 135 p. – 16,00 €. |
