Luminitza C. Tigirlas, Promis à la Violonite
Contre toute attente
Luminitza C. Tigirlas, d’origine roumaine, trouve ici une nouvelle voie lyrique et narrative (la nouvelle) mais aussi change de voix (s’emparant de celle d’un homme – ce qui n’est pas sans magie et conséquence. Et ce, même dans le titre « La violonite ». Cela suggère un choix presque pervers mais surtout enchanteur. Le tout dans un subtil brouillement de pistes, d’autant que le narrateur masculin peut caresser une sorte de mixité et d’androgynie.
L’auteure elle-même s’en amuse et en joue : si bien que la réalité de ses nouvelles (elles ressemblent d’ailleurs à de véritables « cantos » poétiques par leur style) est mâtinée d’ éléments imaginaires, fantasmatiques, cosmiques. D’où l’apparition d’un réalisme magique où l’humour (noir) mène le bal. Le narrateur (sous la jupe de l’auteure) invente des héros étranges. Pour les deux géniteurs émergent une manière de confronter leurs êtres à leur nature sexuelle et l’inattendu de leur maison de l’être dans celle d’une autre.
Le tout en « irradiations aux connivences implacables (titre d’une des nouvelles) selon des glorifications altières. Le verbe et les exclamations du narrateur, de ses personnages nourrissent un univers mental et sexuel fait d’inflorescences vénéneuses. Certes et par exemple, un des héros se « laisse aller à un léger tressaillement dans mon entrejambe. Mon sexe se rappelle à moi en vain, je ne lui permettrai pas de prendre le pouvoir ». Mais tout est possible tant le doute (de la sexualité et pas seulement) « fait sonner les écailles d’un mal dont est paré ce point-source fendillé dans l’inapparent. »
Sous le vent des héros, tout nous entraîne à entrer ou ressortir de la psyché. L’auteure en abuse à dessein, quitte à payer de son propre ego. Via ses héros, nous voici « Gros Jean comme devant ». Reste à savoir qui de la voix émet et qui de l’oreille reçoit. Toutefois, le lecteur ou la lectrice est prévenu : « Stop, stop, stop, arrêtez vos projections et mettez ça dans vos crânes : le doute est moins dangereux que la certitude ». Mais il n’empêche : chaque identité se cloue dans un cadre aux « Connivences Implacables » (voir ci-dessus).
La part d’enchantement des nouvelles maintient l’ambiguïté du suspens : fesses athlétiques d’un homme, chevilles gracieuses d’une femme mettent dans bien des états, le tout au-delà du seuil « en pierre brute » de qui ou si nous sommes. Mais ce, au-delà du sens des intrigues sans pouvoir affirmer si l’enfer c’est les autres – ou soi-même…. Non sans sourire au sein d’une réalité où les dominateurs sont parfois des persécuteurs. Et les persécutrices à l’humidité constante.
Au lecteur – dans ce cas – de se laisser mouiller par des broutilles. Mais Luminitza C. Tigirlas – parfois ici via la procuration d’une « fille haut perchée sur des talons Louboutin » – cherche d’un rire quasi sardonique à avoir qui est notre peau et que devient la vérité sur l’amour. Mais c’est bien là le problème. Car à phallus, phallus et demi. Et la « Violonite » connaît – sinon son sexe – plus sûrement la musique.
jean-paul gavard-perret
Luminitza C. Tigirlas, Promis à la Violonite, Editions Douro, 2025, 106 p. – 17,00 €.