Lucia Tilde Ingrosso, Io so tutto di lei
Enquête dans un Milan désenchanté
Lucia Tilde Ingrosso poursuit les aventures et les enquêtes de l’inspecteur fascinant et énigmatique Sebastiano Rizzo. Dans ce nouveau roman «Aprile è il più crudele dei mesi » (avril est le plus cruel des mois) dit l’inspecteur puisqu’il s’y trouve confronté à la mort suspecte d’une célébrité pulpeuse de la société milanaise. Dès les premières pages, le lecteur affronte cette mort qui reporte le héros à un des mystères les plus pénibles de sa vie d’homme et de flic : la propre mort de son père, aussi trouble que celle de la belle égérie. Possesseur de peu d’indices, l’inspecteur est contraint d’échafauder plusieurs hypothèses tant les comparses troublent les pistes et ses collègues sont peu enclins à collaborer. D’autant que dans cette seconde famille d’emprunt les intrigues ne manquent pas.
L’enquête sur Alina Malavasi se double d’une plongée dans un Milan désenchanté au milieu des galeries d’art et des appartements luxueux. L’inspecteur est obligé d’enquêter dans un univers interlopes où tous les protagonistes sont des coupables potentiels : ex-mari, belle-mère acariâtre, amie douteuse. Il faudra toute la patience et l’obstination de l’enquêteur pour venir à bout d’une enquête filée superbement et qui révèle bien des surprises au sein autant des strates de la recherche que de la mémoire du héros.
Lucia Tilde Ingrosso ne cesse de repartir de là où les souffleurs de mort revendiquent l’oubli afin de dissimuler le passé. Ils n’en finissent pas de descendre les volets de l’oubli. Mais aucun trou de mémoire ne peut effacer le sillage des balles et le cri des corps. Et la romancière comme son héros appuie où ça fait (encore) mal. On ne lui pardonne pas facilement. Et ce, aujourd’hui comme hier.
Mais c’est pourquoi le système romanesque policier est parfait. Entre la narratrice et son personnage s’instruit un dialogue « amoureux » dans lequel la distance joue son rôle et arrache le roman au barbouillage psychologique au profit du décryptage des plus passionnants.
jean-paul gavard-perret
Lucia Tilde Ingrosso, Io so tutto di lei, Kowalski edizioni, 2017, 352 p. – 15,00 €.
One thought on “Lucia Tilde Ingrosso, Io so tutto di lei”
Cher Jean-Paul, merci beaucoup pour cette magnifique critique de mon livre, si cultivée et profonde. J’ai toujours rêvé de publier mes romans en France, la patrie des polars. Peut-être vos mots sont une première étape. Cordialement, Lucia