Luca Caccioni aime les lettres manuscrites : entretien avec l’artiste

Luca Caccioni aime les lettres manuscrites : entretien avec l’artiste

Une tradition assure que le dessin, la peinture ou la photographie de nu est un dévoilement. Mais ce n’est là qu’une variété de l’illusion, de la prestidigitation. Luca Caccioni le sait : c’est pourquoi il double le voile de la nudité d’autres types de « voiles » transparents : superpositions d’images ou à l’inverse images minimalistes et jeux d’ombre suggèrent la complexité de ce que le regard croit voir et qui lui échappe. L’artiste italien met l’accent sur le profit bien mince et puéril de la mise à nu. La  » chose  » ne gît pas sous le voile. La nudité  comme les choses révèlent toujours d’autres plis et replis, d’autres trais et retraits : elles se déshabillent infiniment.
Pour autant, ces voiles ne sont en rien des linceuls. Pas même ceux de l’agonie d’une petite mort. Dans le jeu du noir et blanc le corps se marbre au sein d’une beauté froide à la fois offerte et retirée. Ce qu’on entrevoit est de l’ordre de l’écharpe, de l’escarpement. Ne restent que les traces d’un corps autre auquel l’artiste accorde une cosmétique particulière : il ordonne et désordonne, cache et dévoile. Comme il le fait d’une autre manière dans ses photographies d’objet. Dans tous les cas, il désigne l’arrangement d’une harmonie distanciée qui se moque des lois du visible comme de celles de la convenance.

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Mon rapport au besoin du faire créatif je pense.

Que sont devenus vos rêves d’enfants ?
Je crois qu’être artiste signifie inévitablement la tentative de prolonger le plus possible sa propre enfance et les songes irrationnels que depuis cette enfance on a.

A quoi avez-vous renoncé ?
A rien mais maintenant que vous m’y faites penser à ce moment précis, je pense cependant à l’idée du renoncement comme un facteur positif et donc non négatif, une sorte de conquête nécessaire au changement naturel.

D’où venez-vous ?
Je suis né dans une ville qui couvrait de portiques le chemin des pèlerins.

Quelle est la première image dont vous vous souvenez ?
Ce n’était pas une première image : il y avait déjà une multitude d’images…. Les premières choses qui me viennent à l’esprit : les dessins invisibles que mon père traçait en sifflotant avec les manches des couverts sur la nappe et auxquels je tentais de donner une forme.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A qui lit vraiment la poésie.

Où travaillez-vous et comment ?
Je travaille principalement dans mon atelier. Mais aussi en Toscane où j’ai un autre atelier. Dans mon studio je travaille selon les cycles que j’entreprends qu’ils soient picturaux, sculpturaux, de dessins ou autres. Chacun d’eux vit selon un caractère rituel différent et nécessaire d’action et parcours. De temporalité et de regards différents. Donc les modalités changent et ont des incidences sur le travail. J’accorde à l’observation un temps long et diffus avec le prétexte utopique d’impressionner l’image ou l’objet de mon regard et la rendre narrative. Mais cela est un jeu.

Quel livre aimez-vous relire ?
Je crois que les lectures fonctionnent à travers un ou le moment particulier dans lequel cela ma plairait de relire et seulement dans le moment similaire où je l’ai lu  « Le Grand Maulnes » d’Alain Fournier. J’attends.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Mon regard.

De quels artistes vous sentez-vous la plus proche ?
Je me sens proche de beaucoup d’artistes. Je me sens plus que tout proche de leurs particularités et de leurs différentes intuitions émotives et poétiques. Les plus petites sont les plus grandes.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un adoucisseur d’eau, une canne de pêche à la mouche hardie, une plante grasse, une coque de tortue, un petit dessin de Seurat vu à la galerie Beleyer, une lettre autographe écrite à l’encre qui m’arrive par la poste et une surprise. Une panetière de toile, un polaroïd d’Araki, un petit set de cuisine de voyage, des pastels à l’huile de Sennelier, une raquette de ping-pong Yasaka, un coléoptère. Des clous.

Que défendez-vous ?
Au fond du fond il me semble que tout est indéfendable. Peut-être des choses cachées ?

Que pensez-vous de la phrase de Lacan « L’amour c’est donné quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ?
Je crois ne pas comprendre cette question. Pouvez-vous la réécrire ?

Et celle de W. Allen « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Je pense que la réponse pourrait être tout autant « « non mais quel était la question ? ».

Présentation et entretien réalisé et traduit de l’italien par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, septembre 2013.

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