Hubert Knapp & Jean José Marchand, John Dos Passos

Hubert Knapp & Jean José Marchand, John Dos Passos

Une réjouissante curiosité

Les trois parties de cet entretien filmé avec Dos Passos, réalisé en septembre 1969 chez lui, à Spence’s Point, relèvent des curiosités documentaires telles qu’on n’a pas souvent l’occasion d’en voir. Même si Dos Passos n’est pas des plus portés sur ce genre d’exercices – qu’il assimile aux visites chez le dentiste ! -, et bien qu’il s’exprime dans un français assez laborieux, son humour et son franc-parler sont un vrai régal pour l’amateur de belles lettres.
Interrogé par Hubert Knapp qu’il semble s’amuser (mine de rien) à déboussoler, le romancier répond, la plupart du temps, à l’encontre de l’attente de son interlocuteur, surtout lorsqu’il s’agit de sujets socio-politiques. L’évolution de ses opinions donne lieu à des échanges fort cocasses, Knapp ayant manifestement du mal à croire que Dos Passos puisse avoir “renoncé au socialisme“ – “Il paraît que ça ne marche pas du tout“, réplique le romancier d’un air candide -, ou qu’il ne soit plus attaché à l’idée de “réformer la société“, ce dont l’ex-optimiste se justifie en ces termes : “Il n’y a pas de remède contre la vie.“

S’étant entendu dire, par surcroît, que “beaucoup d’intellectuels de nos jours vivent toujours à l’époque de Karl Marx“ (comprenez : avec un siècle de retard mental), l’intervieweur s’empresse de changer de sujet pour tomber, hélas ! sur un nouveau problème des plus divertissants à notre sens : comment se peut-il que le pacifiste Dos Passos ait tenu à se porter volontaire, du temps de la Première Guerre mondiale ? Non content de l’explication que l’écrivain voulait se rendre utile en tant qu’ambulancier, le malheureux Knapp continue de le tanner à ce sujet, jusqu’à finir par se faire moucher en ces termes : “J’étais pacifiste en théorie, mais on ne peut pas vivre en théorie“, une formule comme on ne devait guère en entendre du côté de Saint-Germain-des-Prés en 1969.
Quand il s’agit de parler de littérature, Dos Passos évoque son souci d’objectivité, constant malgré la certitude d’être inévitablement subjectif, loue Flaubert, Voltaire – “Candide est épatant !“ et E.E. Cummings, qui fut l’un de ses meilleurs amis depuis l’époque de leur études à Harvard, puis se retrouve obligé de raconter des anecdotes sur Fitzgerald et Hemingway, auteurs que Knapp semble lui préférer de loin. La manière dont Dos Passos se tire de cette corvée humiliante peut servir d’exemple à tout grand romancier sous-estimé au profit des confrères plus médiatiques.

En somme, quoi qu’il dise, sur n’importe quel sujet plaisant ou déplaisant pour lui, Dos Passos nous “épate“ (pour employer un verbe qu’il chérissait). Bravo aux Editions Montparnasse d’avoir réédité ces entretiens.

agathe de lastyns

Hubert Knapp, Jean José Marchand, John Dos Passos, DVD, Montparnasse, décembre 2013, 2 h 40’, – prix non indiqué

2 réflexions sur « Hubert Knapp & Jean José Marchand, John Dos Passos »

  1. C’est Jean José Marchand qui devait interroger Dos Passos mais Hubert Knapp, devant se rendre aux Etats Unis pour une de ses émissions ,la direction de la télévision a refusé de payer le voyage de Marchand.
    Mon mari n’était pas très content du résultat mais disait-il : ce n’est pas la faute de Knapp, il était en service commandé. Suzanne Marchand

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