Louis Savary, Sables émouvants
Très longtemps, à coup de haïkus ou aphorismes, Louis Savary nous a fait rire. Ses poèmes étaient des tables de dissection du monde et de l’être humain en ses activités et divertissements pascaliens.
Le tout à travers des moments farces où l’ironie faisait force de loi.
Mais avec le temps les mets amorphes osent pointer leur nez non sans émotions à l’échelle du vivant. Car la vieillesse est là et il est moins possible de lancer comme le poète le fit jadis « Haro sur la bête ».
D’autant que l’animal en l’homme devient de moins en moins fringant.
Dès lors, le poète belge casse le silence pendant qu’il est encore temps, sans grande illusion sur l’avenir puisqu’il n’est pas jusqu’au passé qui « finira par nous oublier ».
Preuve que Savary ne perd pas son humour quand la condamnation capitale se rapproche et qu’il s’agit de s’entraîner tel un coureur de bas-fonds à « mourir / avec un humour glacial/ Se forcer à rire / aux larmes ».
C’est après tout une belle leçon de vie lorsque, comme l’auteur qui, né poète, finira par « n’être poète », nous faisons nos comptes. Savary ne se fait pas d’illusions sur les vaines activités culturelles qu’il a pu connaître. Mais sans les renier pour autant.
Et il a bien raison : il fait toujours partie des enchanteurs qui consolent par ses mots même si certains « ont battu en retraite / rien à l’idée de se traîner / dans l’un de mes livres ».
Ils restent néanmoins de solides solives . Ses livres s’agitent et celui-ci peut encore laisser espérer des nuances de débauche dans des genres de maisons closes. Mais Savary prouve que la vie n’est pas légère. Ses dessous – comme ceux de certaines femmes ou de la poésie – l’inquiètent.
Et pour l’illustrer, il nous donne à contempler et apprécier son courage afin d’accorder encore du sens aux jours qui se lèvent au crépuscule de l’existence.
jean-paul gavard-perret
Louis Savary, Sables émouvants, éditions Les Presses Littéraires, 2021, 102 p. – 15,00 €.