Loïc Raguénès, Monstres Marins (exposition)

Loïc Raguénès, Monstres Marins (exposition)

Desserrer  l’étau d’absolue détresse du monde

Ne vous fiez pas au titre de l’exposition. Loïc Raguénès poursuit ses jeux de carrés sur des rectangles, puis de rectangles sur des carrés dans l’aspiration de Malévitch. Car tout , pour l’artiste français a commencé avec lui – et il n’est pas le seul.
Il cherche en son sillage une simplicité presque minimaliste et se concentrant sur la propre réalité de la peinture. Si bien que de tels « monstres marins » deviennent une suite de compositions sans ligne d’horizon et sans représentation.

L’artiste, par sa rigueur d’exécution minimaliste, lutte contre les perceptions standardisées qui normalisent le réel. Il en propose d’autres « reflets », plus profonds (d’où le titre), dégagés des contingences produites par la sursaturation visuelle de l’époque post-moderne.
Plus que d’en décrypter les signes, il cherche à modifier nos repères et nous forcer à (nous) réfléchir à tous les sens du terme.

Ce travail prit naissance au siècle dernier dans l’atelier de Condrieu où l’artiste travailla, inspiré par le Bauhaus, d’abord sur des papiers poudrés qui le conduisent jusqu’à ses « miroirs gravés » plus au moins teints d’aujourd’hui où ressort par exemple la phrase emblématique « I never look what I see » (« Je ne regarde jamais ce que je vois ») en une sorte de clin d’oeil à la pipe de Magritte ou encore aux pièges de Duchamp.
Dans l’intervalle, l’auteur s’est rapproché des monochromes afin de comprendre ce qui se passe lors de l’évolution d’une couleur dans le temps. Dans tous les cas, il s’agit de faire entrer le plus compliqué dans la structure la plus simple selon une forme qui ne reste pas à l’état d’image singeante.

Proche d’un Rothko, comme lui il refuse la reddition, il n’accepte pas d’abandonner à l’adversaire les provinces lointaines de l’image et ses sensations. Mais au simple reflet, il préfère le battement du monde dans une dissidence radicale à l’égard des normes. Raguénès est donc toujours à la recherche des trouvailles qui bouleversent et qui desserrent enfin l’étau d’absolue détresse du monde.
La peinture reste pour lui l’option la plus radicale pour faire bouger bien des lignes, au besoin en dessinant des vagues et en faisant que la matière de la peinture pense.

jean-paul gavard-perret

Loïc Raguénès, Monstres Marins, Clearing, Beverly Hills (USA), du 15 février au 15 avril 2021.

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