Linda Pastan, Une Semaine en avril

Linda Pastan, Une Semaine en avril

New-York, New-York

Linda Pastan est née en 1932 dans une famille juive du Bronx. Elle vit à Potomac dans le Maryland – mais New-York n’est jamais loin de ses préoccupations. Elle a écrit entre autres A Perfect Circle of Sun (1971), The Five Stages of Grief (1978), Travelling Light (2011) et une série de choix de poèmes nominés pour « The National Book Award ». Elle a collectionné les récompenses pour son oeuvre poétique : un « Dylan Thomas Award », le « Di Castagnola Award », « the Bess Hokin Prize », « The Maurice English Award » , the Charity Randall Citation, « the Ruth Lilly Poetry Prize » et un « Radcliffe College Distinguished Alumnae Award ». Encore inconnue en France, Raymond Farina permet de la découvrir dans un choix de poèmes significatifs.

Son approche autobiographique sans complaisance s’inscrit dans une écriture poétique sans afféteries. Elle est le signe d’une intégrité éthique instinctive qui permet d’éclaircir les ombres de l’existence individuelle ou collective. Elle offre une réapparition de l’être : « comme nous en venons à aimer nos morts / quand nous les rencontrons en rêve / Car à mesure que nous tournons les pages du livre / chaque page se fait plus lourde sous nos doigts engourdis, / et seules les ombres / n’ont pas de poids ». Leur paradoxale légèreté nous accueille. Et on aimerait qualifier une telle poésie d’humaniste si ce mot n’avait pas perdu son sens. La poétesse est attentive aux autres. Attitude bien plus haute que la simple compassion. Elle est marquée par le partage. L’incessant devenir de l’humain lui permet de lutter contre le néant. Pour cela, elle ne monte pas sur de grands chevaux. Entre Isaac-B Singer et Sylvia Plath, elle a trouvé une voie de méditation qui s’est transformée en « voix parmi les voix » (Beckett).

Linda Pastan prouve qu’on rentre dans la chronologie seulement une fois mort. Mais c’est au présent que l’auteur écrit autant la solitude que la fusion. En ce sens, elle reste la « sœur » que chacun aimerait avoir. Dans sa poétique du présent, elle écrit sa propre histoire sans entrer dans les détails. Son présent est riche de tout un passé et s’engrosse encore d’avenir malgré vents et marées. Ce présent poétique actualise des faits et gestes antérieurs. Il les projette pour que nous réfléchissions sur le sens de notre propre existence. Bref, ce présent transmute des causes et des effets. Et en lui la mémoire fait merveille. Elle échappe au morcellement sinistre des instants où le présent n’est qu’un point insignifiant entre le poids d’un passé nécrosé et la vanité d’un avenir douteux.
La poétesse ne sort pas de son sillon. Lequel nous projette à la frontière d’un présent et d’un devenir mais aussi vers le doute sur notre propre hypothèse – sauf rituel de vie sous le sceau de l’amour (conjugal, filial) qui fait que nous nous sentons en vie. Et quand cet autre se retire et que nous le sentons fondre, son absence fait que nous ne vivons pas en songes de sable mais en « poissons de sang » grâce à la poésie de Linda Pastan.

jean-paul gavard-perret

Linda Pastan, Une Semaine en avril, choix de poèmes, traduction de Raymond Farina, éditions Recours au poème,  coll. Ailleurs, 2015.

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