Linda Clerget, Tisser ses ailes
Aux couleurs de l’aurore
Linda Clerget sublime les pulsions des femmes. Elles sont plus socialisées qu’angéliques par un tel filtrage sans donner accès direct aux simples fantasmes. Jaillit une éclosion décalée loin de l’empire du regard masculin. Dans la monstration de la nudité, la créatrice révéle de nouvelles ambiguïtés au sein d’un univers résolument féminin. Le très intime est là où la corporéité prend des tours particuliers dans une sourde mais colorée rythmique de l’Imaginaire.
Chaque femme devient une belle étrangère et le voyeur est contraint à un effort de réflexion à travers ce qui est montré et caché dans la texture qui mêle en des effacements ou des dédoublements incertitude et fascination. Il n’a d’yeux que pour de telles déesses dont – et qui sait ? – leur désir n’est peut-être uniquement celui de rêver.
Demeure toujours une « ardore » discrète là où quelques mots viennent casser le silence. Chaque femme exhibe sa beauté et le regardeur n’a d’yeux (et dieu ) que pour elle là où chacune semble demander : « sœur Anne ne vois-tu rien venir ?
Les images deviennent le savoir du désir. L’un passe par l’autre. C’est un jeu subtil et incisif non sans discret humour. Chaque femme suggère une forme de platonisme mais il demeure matériel – et c’est presque naturel là où chacune porte en elle « les couleurs de l’aurore ».
Et ce, car au nom du (presque) innommable, l’amour reste à la démesure des anges incarnées où la sensualité du visible prend la force de la diaphanéité. L’amour des corps se démarque du genre au profit d’une narration implicite qui devient un roman. Il ne s’écrit pas mais se montre là où les rêveuses solitaires se transforment en parfum visuel d’une rencontre possible.
La nudité reste comme insaisissable quand l’artiste invente toujours de nouvelles solutions picturales pour restituer, pour égarer. Des sources se referment sur ceux qui s’y abreuvent, des flèches s’en vont vers l’intérieur et nous voici à nouveau désorientés – inclus, dissous dans une volumétrie de la lumière et une coloration de l’air.
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jean-paul gavard-perret
Linda Clerget, Tisser ses ailes, 2026, www.lindaclerget.com