L’Illusion comique (Mathieu Amalric/Pierre Corneille)
La Comédie-Française fait son cinéma
Depuis 2008, la Comédie-Française confie chaque année à un réalisateur de cinéma la création d’un film original à partir d’un spectacle de la programmation. Avec un scénario adapté pour le cinéma, la réalisation permet d’entendre autrement certains aspects que le théâtre ne peut pas mettre en lumière. Le jeu cinématographique des comédiens dévoile la force, la passion, parfois la violence et surtout l’extraordinaire modernité de ces textes. Loin de revendiquer une adaptation stricte, le procédé consiste surtout à faire entendre et jouer le texte autrement. Le réalisateur dispose de deux semaines et peut raconter, avec les acteurs de son choix, l’émotion qu’il a eue en voyant une représentation. Seuls l’acteur et le texte sont au travail : le réalisateur ne doit se référer à aucun élément artistique du spectacle (costume, accessoire, décor). L’idée est originale, peut-être inattendue, et présente le mérite de problématiser les rapports entre théâtre et cinéma autrement que par le biais d’une « simple » captation, fût-elle habilement menée.
Pour L’Illusion comique, de Corneille, c’est à Mathieu Amalric qu’a été confiée la réalisation. Le début déroute un peu : on trouve Alcandre sous le costume d’un Clef-d’Or (chef concierge) du Grand Hôtel de l’Opéra (situé en face de la Comédie-Française), qui montre à Pridamant, sans nouvelles de son fils Clindor, la vie de celui-ci… dans la salle de surveillance vidéo de l’établissement. Les acteurs sont ceux du théâtre d’en face : Muriel Mayette-Holtz (désormais Administratrice), Jean-Baptiste Malartre, Alain Lenglet, Denis Podalydès, Julie Sicard, Loïc Corbery, Hervé Pierre, Adrien Gamba-Gontard, Suliane Brahim. Soyons brefs : ils sont tous excellents.L’action est transposée dans le monde contemporain. Le jeu est subtil, les lieux intéressants, l’hôtel matérialisant entre chambres, coursives, souterrains et toits l’ensemble des endroits évoqués dans la pièce, la mise en abyme se trouvant dénoncée par la perception que l’on a, en arrière-plan et par intermittence, des locaux du Français ou de l’environnement de la salle Richelieu.
C’est une réalisation intelligente, qui souligne de l’intérieur tout le jeu théâtral de Corneille. Les textes sont repris de l’œuvre elle-même, et s’insèrent parfaitement bien dans l’action, créant soit une harmonie parfaite, soit un décalage criant, convenant parfaitement à « l’étrange monstre » dont parlait l’auteur. Le film de Mathieu Amalric est, à l’évidence, une magnifique interprétation (à tous les sens du terme) de L’Illusion comique, fine, intelligente, subtile et sensible.
Montparnasse vidéo propose comme autres titres dans cette même collection : Partage de Midi, un film (2008) de Claude Mouriéras, d’après la pièce de Claudel (je n’ai pas eu le temps de voir cette version), et Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce, par Olivier Ducastel et Jacques Martineau (2009) : cette dernière adaptation est aussi magistrale et rend merveilleusement fluide, efficace et compréhensible ce texte si hermétique.
yann-loic andre
L’Illusion comique, un film de Mathieu Amalric, d’après l’œuvre de Pierre Corneille
2010 ; couleur ; 16/9 ; 1.77 ; stéréo ; zone 2 ; PAL ; DVD 5 ; 1h17
Montparnasse vidéo.
Prix indicatif : 13,00 €.
En vente à partir du 4 février 2014.