Lilithérature
L’écriture s’engendre au seuil de l’absence. Chaque mot échoue à dire, passe à côté. Celui qui s’y engage se parodie en croyant trouver là un sens à sa voie qui n’en a guère. Pour preuve, île de l’il, Lilith était bien avant que terre et ciel rompent leur étreinte contre les arceaux de l’intemporel.
Dans cet univers uniforme, soudain le bleu initial, ce bleu de sauge et de lavande, se mit à trembler de tous les possibles dans la cadence des rythmes naissants. Il y eut des grondements dans les ricochets du grand Tout, des gémissements dans les déchirures, une houle souleva le silence ; duel entre nuit et jour, éclatement de l’unité première, soudain l’unité écartelée chercha forme.
Malgré sa retenue, l’élilithérature peut être fugueuse lorsqu’elle s’égare vers des goulets clandestins, audacieuse en s’enlaçant à des déferlantes, serpentine dans ses affolements, tentatrice lorsque, entre déraison et tentation, elle propulse son extrême mobilité vers une de ses consoeurs.
La folie rit derrière son masque, les plombs fondent, le Pont des Soupirs se noie dans l’insolence de ses songes. Elle veut un doge et un Casanova. Mais pas un Don Juan. Mais elle écoute les secrets bleu-croche d’un clavier océan, elle aligne les vagues et cherche un soleil noir.
jean-paul gavard-perret

2 réflexions sur « Lilithérature »
Entre Lilith et le « bleu-croche d’un clavier océan » une poésie tonitruante surgit comme un commandeur ressuscité . Du tonnerre ce talent !
PS . La peinture de Jacqueline Devreux illustre avec l’ excellence du choix rouge et bleu si cher à Nicolas de Staël … le texte foudroyant de JPGP .