Les Vérités chrétiennes
Un livre qui pose l’intéressante question de la centralité de la foi dans la religion, mais dont le propos reste fort étroit
Jean-Claude Barreau vient de commettre un nouvel essai pour nous convaincre de la supériorité de la foi chrétienne sur les autres religions. Selon lui, c’est le christianisme qui a enfanté le monde moderne (page 9) et cela en fait la plus belle et la plus grande des religions. D’ailleurs, le début de l’essai est pour le moins inquiétant : L’instituteur avait écrit sur le tableau noir, de sa belle écriture appliquée d’antan, des vérités incontestables. Voilà qui peut saisir le lecteur d’effroi tant nous espérons qu’il n’existe plus de vérités incontestables, au nom desquelles on tue la conscience tranquille puisque c’est pour la bonne cause.
Le reste est tout aussi affligeant sinon comique puisqu’en page 19 l’auteur nous explique combien il est heureux que Jésus ait été mis à mort par crucifixion et non par lapidation comme la coutume juive l’eût exigé. En effet, Jean-Claude Barreau trouve que pour les chrétiens de tous les siècles, le tas de cailloux de la lapidation eût constitué un symbole moins parlant que le bois dressé de la croix.
L’approche de Jean-Claude Barreau est une insulte pour les croyants comme pour les incroyants, tous accusés d’être des incultes, donc incapables de comprendre la profondeur de la foi et la beauté des dogmes. Et de se proposer de nous instruire en vérité. Il écrit Quand je parle de vérités chrétiennes, je parle des dogmes, des mystères qui exprimaient la vérité des croyants ; je ne prétends point que ces idées soient vraies ni qu’elles soient fausses. Etant donné l’état général de l’opinion à ce sujet, sa profonde inculture en ces domaines, cet essai ne se veut pas de vulgarisation mais de divulgation.
Toujours certain de détenir LA vérité, Jean-Claude Barreau nous abreuve d’exemples supposés démontrer sa très profonde et non moins grande connaissance. Hélas, il ne nous révèle qu’un point de vue fort étroit sur ce qu’il présente comme universel. Un exemple (page 51) : Quiconque a un peu lu les évangiles ne peut méconnaître que Jésus parlait de lui-même à la troisième personne en se nommant le fils de l’homme. Et de nous expliquer dans la foulée que « fils de l’homme » ne veut pas dire de l’Homme en général mais, bien au contraire, d’un homme particulier. D’ailleurs, C’est une vieille expression biblique tirée du livre de Daniel […] propre à constituer le messianisme. Or Barreau néglige tout à fait que le prophète Daniel lui-même pouvait avoir employé cette expression pour dire que tous les hommes sont susceptibles d’être le « messie » et donc de « sauver » l’humanité… Tout comme il néglige de dire que les évangiles furent écrits, au plus tôt, trente ans après la mort de Jésus et que les auteurs pouvaient très bien alors avoir « enjolivé » leurs textes par des figures de style…
Il manque à Jean-Claude Barreau le nécessaire recul sur sa propre croyance qui rendrait son propos plus crédible. Il pose l’intéressante question de la centralité de la foi dans la religion. Mais il sépare le dogme de la foi, et s’attarde à définir le premier sans établir le lien avec la seconde. Ainsi, il résume le problème de la pratique religieuse à un ensemble de phénomènes culturels. Il réduit Dieu, en somme, à un dogme ou à une succession de dogmes. Ne pas les connaître, c’est, selon ce que nous comprenons de son exposé, ne pas connaître Dieu…
arthur nourel
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Jean-Claude Barreau, Les Vérités chrétiennes, Fayard, 234 p. hors index, janvier 2004, 18 €. |
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