Les paravents (Jean Genet / Arthur Nauzyciel)

Les paravents (Jean Genet / Arthur Nauzyciel)

© Philippe Chancel 

Chorégraphie de la brutalité

Le public fait face à un grand escalier blanc qui impose sur la largeur du plateau sa structure éclairée. Le spectacle commence lentement, par des changements insensibles. Quelque(s) personnage(s) se dresse(nt) en haut des marches, qui sont ensuite descendues à pas mesurés, grands et posés.
Les propos sont explicites, voire prosaïques, mais on ne dispose pas d’informations sur les situations qui sont concernées. Le spectacle reste décousu, peinant à trouver son rythme. Heureusement, la violence intervient. Les tableaux qui se suivent restent hétéroclites ; les dialogues sont faits d’invectives parfois incongrues, mais censées évoquer sinon circonscrire la crise coloniale en Algérie. Les propos tenus sont intempestifs et imprécatoires, de temps à autre sexualisés. Ce sont des bribes d’expériences qui font l’objet d’envolées lyriques sur fond de guerre.

Arthur Nauzyciel construit une chorégraphie savante, respectueuse de l’hermétisme du texte, présenté comme un opéra cruel aux anathèmes incisifs. Il cherche néanmoins à incarner les personnages de ce pamphlet cynique contre la colonisation, n’hésitant pas à saisir l’ambivalence des protagonistes des différentes situations. Après l’entracte, des témoignages sont projetés : la lecture de lettres montre que tout le monde savait, depuis le début.
Par moments, des images non directement représentatives sont projetées sur la tranche des marches. Certains corps sont meurtris de contorsions, dessinant un tableau aux allures un peu abstraites, une symphonie aux tonalités pompier. C’est une esthétique précieuse, suggestive, qui est élaborée pour donner chair à cette poésie difficile, constituée de fragments de brutalité.

christophe giolito

 

Les paravents 

de  Jean Genet

mise en scène  Arthur Nauzyciel 

avec Hinda Abdelaoui, Zbeida Belhajamor, Mohamed Bouadla, Aymen Bouchou, Océane Caïraty, Marie-Sophie Ferdane, Xavier Gallais, Hammou Graïa, Romain Gy, Jan Hammenecker, Brahim Koutari, Benicia Makengele, Mounir Margoum, Farida Rahouadj, Maxime Thébault, Catherine Vuillez et la voix de Frédéric Pierrot

Assistanat à la mise en scène Constance de Saint Remy, Théo Heugebaert ; dramaturgie Leila Adham ; travail chorégraphique Damien Jalet ; lumières Scott Zielinski ; scénographie et accessoires Riccardo Hernández avec la collaboration de Léa Tubiana ; sculpture Alain Burkhart ; assistanat sculpture Jeanne Leblon Delienne ; son Xavier Jacquot ; vidéo Pierre-Alain Giraud ; costumes, maquillages, coiffures et peinture des djellabas José Lévy ; assistanat costumes Marion Régnier ; coiffures et maquillages Agnès Dupoirier ; régie générale Jean-Luc Briand ; régie lumière Christophe Delarue ; régie son Florent Dalmas ;
régie plateau Antoine Giraud-Roger, Quentin Viandier ; régie vidéo Stéphane Pougnand ; habillage Charlotte Gillard ; accessoires Fanny Martel ; casting Bénédicte Guiho ; préparation physique Jean-Baptiste André.

Au théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Place de l’Odéon 75006 Paris, 01 44 85 40 40

du 31 mai au 19 juin 2024, durée 4h (avec entracte) ; du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h ; relâches les lundis et les 4 et 5 juin ; représentations surtitrées en anglais les 1er, 8, 15 juin.
https://www.theatre-odeon.eu/fr/saison-2023-2024/spectacles-2023-2024/les-paravents-23-24

Réalisation du décor Ateliers du Théâtre du Nord ; réalisation des costumes Ateliers du Théâtre national de Bretagne ; remerciements à Albert Dichy, Charles Nauciel et Frédéric Pierrot, et les équipes ayant accompagné la création.

Production Théâtre National de Bretagne, Rennes ; coproduction Maison de la culture d’Amiens, avec la participation artistique du Jeune Théâtre National et avec le dispositif d’insertion de l’École du Nord, soutenu par la Région Hauts-de-France et le ministère de la Culture, avec le soutien de L’École de la Comédie de Saint-Étienne / DIESE # Auvergne-Rhône-Alpes.

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