Les griseries de Victoire Cathalan : entretien avec l’artiste
Victoire Cathalan, joue du temps, des relations intérieur/extérieur, de l’intervention de l’accident dans ses œuvres. Ce qui affleure est bien autre chose que les seules données de la psyché. Les couleurs semblent flotter. Elles signifient l’expérience de l’extrême liée à celle d’une dérive dont ne subsistent que des repères épars : le regardeur glisse d’un inconnu vers un autre. Il y a des arrêtes, des plis, des vallons. En surgissent des suites de plages intermédiaires et de changes. Elles traduisent le réel tout en le détournant de ses assises au sein d’une force mystérieuse et paradoxale.
S’ouvre un monde d’interrogations. L’artiste n’y délivre pas de message. Pourtant, tout est là au sein d’une littéralité poétique qui, ajourant de plus en plus le « disque » de la visibilité, crée un mouvement de diffusion et d’absorption. L’artiste s’éloigne des vulgates esthétiques ou idéologiques en choisissant des chemins de traverse. Lesquels créent par composition et arrêt du temps sa mise en mouvement. S’affirment sans cesse une différence, une altérité au sein de différents type de dialectiques.
voir : www.victoirecathalan.com
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le soleil, les enfants, l’envie de créer surtout lorsque je suis sur un projet en cours.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je rêvais de vivre dans la nature. Nous habitions à Paris et allions souvent en vacances dans la Creuse, je voulais y rester. Je le réalise aujourd’hui en partie en étant en Suisse. Et par mon travail, je le réalise aussi car j’essaie de comprendre et tisser des liens avec l’univers végétal.
A quoi avez-vous renoncé ?
A une vie classique. Etre artiste vous amène à des questions profondes, à rencontrer des personnes marginales. Cela ouvre l’esprit et on renonce à se conformer à notre société parfois conventionnelle.
D’où venez-vous ?
D’une famille nombreuse, de Paris.
Qu’avez-vous reçu en dot ?
La liberté.
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
La création.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes et comédiennes?
Mon Oeuvre.
Comment définiriez-vous votre approche du « paysage » ?
Le paysage est intimement lié à l’Homme. Je cherche les liens du paysage urbain et sylvestre. Mes forêts sont souvent au travers de vitres, fenêtres, les immeubles réfléchissent les arbres…
Quelle est la première image qui vous interpella ?
Une peinture de Gerhard Richter.
Et votre première lecture ?
La Nuit des Temps de Barjavel.
Quelles musiques écoutez-vous ?
Rock, reggae, jazz, electro. J’ai la chance de partager l’atelier avec un musicien et de découvrir des morceaux de funk, jazz très souvent.
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Le Petit Prince.
Quel film vous fait pleurer ?
Plusieurs ! « La liste de Schindler »…
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
L’artiste, la jeune fille et la mère.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A Anselme Kiefer.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Petra. Mythe car je ne connais pas. J’en ai beaucoup entendu parler et c’est resté dans ma tête comme un lieu exceptionnel. J’aimerais y aller un jour. Atlantis. Mythe car on s’interroge sur son existence. J’ai une fascination pour l’Océan et ses nombreux secrets.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Anselme Kiefer, Gerhard Richter, Peter Doig comme artistes. Milan Kundera et René Barjavel comme écrivains.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
L’amour de mes proches.
Que défendez-vous ?
La sauvegarde des océans, de la nature pus généralement. La justice.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Je trouve cette phrase bien pessimiste. Nous avons tous de l’amour en nous et en avons grandement besoin. L’Amour est l’échange de dons de soi
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
C’est du Woody tout craché. La question peut être tout, et ce tout dépend de celui qui la pose.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Votre création a-t-elle une relation avec votre vie? Le deux sont intimement liées.
Entretien et présentation réalisés par jean-paul gavard-perret, le 31 août 2016.