Les fausses confidences (Marivaux/Luc Bondy)

Les fausses confidences (Marivaux/Luc Bondy)

 Un Marivaux magnifié par l’ingéniosité maîtrisée de Luc Bondy

La salle ouvre sur un paradoxe : un espace privé est ouvert, le sol jonché de chaussures nous installe dans l’intimité d’une coquette, que nous découvrons en train de faire son tai-chi. Les premières scènes procèdent d’une parole pressée, avide manifestement affairée. Des éléments de décor mobiles se déplacent insensiblement, transformant la scène de façon progressive, comme par inflexion imperceptible. L’intrigue est simple, et l’on connaît la fin ; pourtant le propos la retarde, multipliant les empêchements autour de la même intention. L’argument, qui réside dans le dépassement d’un écart considérable de conditions et d’une certaine différence d’âge, importe peu, dès lors que les revirements de la trame mettent les cœurs à vif et poussent les personnages dans leurs derniers retranchements affectifs.

 

photo Pascal Victor


I
sabelle Huppert, impériale, joue à merveille une savante ingénuité, une fausse ambigüité. Les autres acteurs emboîtent son pas alerte et généreux. De Fausses confidences tout en ellipses, bien menées, certes avec quelques facilités, mais dans une grande cohérence et une redoutable efficacité. Une distribution impeccable, une troupe vive et dirigée avec acuité, un Marivaux magnifié par l’ingéniosité maîtrisée de Luc Bondy. Un beau moment de théâtre, accessible et subtil, circonscrit dans sa teneur mais riche dans son déploiement. Une représentation qui actualise certains aspects de la pièce (revisitant par exemple le décor ainsi que le rôle d’Arlequin), sans trahir son esprit. Une démarche souple et agréable, édifiante et légère, pour une pièce dont les ressorts sont bien mis en évidence sans que l’émotion candide qu’elle cherche à susciter ne soit occultée.

christophe giolito

 

Les fausses confidences, de Marivaux

Mise en scène de Luc Bondy

 avec Isabelle Huppert, Jean-Damien Barbin, Manon Combes, Louis Garrel, Yves Jacques, Sylvain Levitte, Jean-Pierre Malo, Bulle Ogier, Bernard Verley et Georges Fatna, Arnaud Mattlinger.

Conseiller artistique Geoffrey Layton ; conseiller dramaturgique Jean Jourdheuil ;
assistant à la mise en scène Jean-Romain Vesperini ; souffleuse Nikolitsa Angelakopoulou ; décor Johannes Schütz ; assistant décor Mitsuru Sugiura ; costumes Moidele Bickel ; assistante costumes Pascale Paume ; lumières Dominique Bruguière ; assistant lumières François Thouret ; musique originale Martin Schütz ; maquillages / Coiffures Cécile Kretschmar ; production Odéon-Théâtre de l’Europe ; co-production Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Ruhrfestpiele – Recklinghausen, Célestins – Théâtre de Lyon.

Avec le concours de la Maison Dior pour les costumes d’Isabelle Huppert

 A l’Odéon-Théâtre de l’Europe, du 16 janvier au 23 mars 2014, place de l’Odéon 75006 Paris

Tournée :

Aux Céléstins, du 2 au 16 avril 2014, 4 rue Charles Dullin 69002 Lyon

Au Grand Théâtre, les 7 et 8 mai 2014, 1 rond-point Schuman L-2525 Luxembourg

Au Théâtre National de Bretagne, du 14 au 23 mai 2014, 1 rue Saint-Hélier CS 54007-35040 Rennes

Ruhrfestspiele, du 30 mai au 1er juin 2014, Otto-Burrmeister-Allee 1, 45657 Recklinghausen

Le texte de la pièce est paru par exemple en Livre de Poche en 2012.

 

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