Les énigmes du Sphinx

Les énigmes du Sphinx

Découvrez ce Sphinx que je n’ai pas su voir

Ultra connu, ultra célèbre, le Grand Sphinx est une star. Il aurait bien mérité son Warhol. On le reconnaitrait entre mille, pourtant on ne le connait pas. Son image nous suffit, sa figure familière nous satisfait. La question courante, la plus commode est : comment donc a-t-il perdu son nez ? C’est pauvre. C’est triste. Affligeant quand on y pense.
Gary Glassman et Christine Le Goff ont justement voulu redonner de la profondeur, de l’authentique à une figure, qui avec les années, avait pris les mesures mondialisées et standardisées d’une carte postale. Ca valait le coup de le découvrir.

Ce film montre que les images ne suffisent pas. Elles peuvent servir et nourrir la fascination, certes… mais bon. Elles peuvent aussi se mettre au service de l’intelligence, de la pensée guidées par des questions aussi simples et enfantines que le qui, le quoi, le où, le comment.
Si vous visitez le sphinx en famille, cherchez d’abord à répondre aux questions des enfants. Vous seriez bien embêtés… car derrière les questions les plus simples que l’on peut se poser sur le sphinx se cachent les réponses les plus opaques. Alors, je vous comprends, un cliché, une glace et ça repart. Navette oblige.

Qui est représenté sur ce corps de lion ? Quelle était la fonction du Grand Sphinx ? Pourquoi est-il placé ici ? En quoi est-il lié aux pyramides ? Pour apporter des éléments de réponse, les auteurs ont surtout donné la parole à deux spécialistes mondialement connus, qui ont longtemps fouillé le plateau de Giza : Zahi Hawass et Mark Lehner. Leurs commentaires et analyses se complètent souvent mais s’opposent parfois. En les confrontant, le spectateur prend la mesure du Grand Sphinx.
Le film apporte par exemple des éléments d’explication sur la « disparition » du nez, mais nous éclaire aussi sur la chute de la barbe…

Il a fallu les techniques les plus modernes pour affirmer définitivement que non, le Sphinx n’abrite pas un trésor, qu’il est juste là, posé sur un socle ou gravé dans la roche. Des images de synthèse nous permettent de rendre compte de sa construction et de sa structure massive, harmonieuse et fragile. Ce film est aussi le récit des multiples découvertes du Sphinx, des Romains jusqu’aux fondateurs de l’Egyptologie.
Tous fascinés, tous déroutés par cette oeuvre unique, millénaire qui semble défier – ou défendre ? – le soleil, la chaleur, le sable et les touristes. Aujourd’hui, la ville du Caire lui chatouille les pattes. Beaucoup de menaces qui pèsent sur lui ne datent pas pourtant pas d’hier. Les Romains, déjà, pour le protéger de l’ensablement avaient érigé un mur autour de lui. Mais pendant des siècles, et ce jusqu’au XIX, seule la tête dépassait du sable.
Aujourd’hui exposée, la pierre calcaire se dissout, menaçant le Sphinx de l’intérieur.

Nous devons le Sphinx à ceux qui l’ont construit certes, mais également à ceux qui l’ont préservé puis redécouvert. Les rôles d’Auguste Mariette et de Gaston Maspero furent essentiels dans la mise au jour de l’ensemble de la structure du Sphinx.
Les compléments du DVD nous invitent à mieux connaître ces deux grandes figures fondatrices de l’Egyptologie sous la forme d’un entretien avec leur éminente biographe Elisabeth David. La lecture de cet extrait d’une lettre envoyée par Gaston Maspero à un riche donateur est un moyen vivant de se replonger dans l’univers mental, scientifique et moral de cette fin du XIX : « Mon objet en me lançant dans cette entreprise a été de résoudre, autant que possible, les problèmes quant à l’origine du sphinx. Ensuite de frapper l’imagination des touristes en leur montrant ce qu’on peut faire en Egypte avec un peu d’argent. Louxor est loin et peu de voyageurs le visitent. Le Caire est aujourd’hui une ville presque européenne où passent presque tous ceux qui vont d’Asie en Europe et réciproquement. Pour une personne qui verra Louxor, mille verront le Sphinx et pourront juger de ce qu’est l’oeuvre de la France en Egypte. »
Etonnante résonance, non ?

La réputation mondiale du Grand Sphinx, son prestige, son caractère bankable pour l’Egypte le sauvent et le préservent. Le Sphinx n’est pas le seul à vivre de ce qui peut le tuer et il nous rappelle en permanence que l’équilibre entre l’enthousiasme et la menace est difficile à trouver : il faut savoir gérer la fréquentation, nourrir et satisfaire une curiosité permanente sans pourtant nuire au temps, à la pierre, à l’oeuvre.

Ce nez brisé me rappelle la fameuse oreille cassée du fétiche Arumbaya, qui se multiplie, sans l’appendice brisé, à la fin de l’album d’Hergé, le Sphinx a été reproduit des milliers de fois. En bas de chez moi, un antiquaire, en propose une réplique dotée d’une belle paire de seins ronds.
Je connais un pharaon qui doit se retourner dans sa pyramide.

On est d’accord : abondance de T-shirts, de numériques sur ventres ronds, de mollets gras et rouges sur sandales ne font pas qualité. Mais ce n’est pas SA faute, c’est la nôtre. Le Sphinx n’est pas l’exploiteur, mais l’exploité.
Ce film est là pour dire qu’au delà d’un lieu devenu marque, attraction, on découvre une oeuvre majestueuse, fragile, charmante, bien mystérieuse. Ceux qui la méprisaient en seront pour leur comptes.
Je n’ai pas encore payé ma dette.

 

camille aranyossy

Gary Glassman et Christine Le Goff, Les énigmes du Sphinx, coll. « Découvertes », Arte Editions, PAL – Zone 2 / Coul. / Stéréo / 16/9
 Langues audio : français 
Langues sous-titres : sous-titres sourds et malentendants 

Durée du film : 59 min.
 Durée total du Dvd : 106 min.
Sortie le 19 janvier 2011 – 20,00 €

Compléments du DVD :
– Un entretien avec Elisabeth David, Chargée d’études documentaires au musée du Louvre et auteur des biographies d’Auguste Mariette et Gaston Maspero. (42 min)
– Déambulation avec les Sphinx filmée au musée du Louvre et au musée du Caire. (2 min)

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