Les Cahiers Laure n°1
A l’heure où des abbesses douteuses – dont le feu du corps étouffe sous la bure – courbaient la tête en s’égarant dans les jeux d’un cierge, un baladin flamba dans le bûcher de Laure. Pour lui elle ouvrit la mer, releva sa herse à lèvres ouvertes, découpa ses ombres pour leurs escarpements. Il s’offrit assauts, sauvages oraisons en une fontaine carnivore. Rien, pensa Laura, n’est vain à de telles racines du ciel. Son pyromane traça donc des éclairs sur ses velours, y imprima son sceau, solfia dans les pulpes de feu de celle qui ne se savait pas encore la trop mal-aimée.
Laure fut marquée au fer par ces débords. Dans la coquille de l’amour, la carde de Bataille souleva des écheveaux mais elle n’y glana que le vide.. L’amant la mit en charpie, fit neiger des abîmes au plus profond du rouge. Très vite, il n’y eut pas de sols en flamme, d’humus en fusion. Les certitudes de l’affect fondirent loin de la chaleur du plomb phallique. La captive consentante ne trouva comme seul ancrage ses ombres et ses failles.
Elles étaient là de toujours mais avec l’échec amoureux le fiasco fut complet. Les textes de Laure restent à ce titre le contraire d’un leurre ou d’une jouissance. Ils sont une poussée suprême dans l’inconscient. Mais la dimension critique des articles réunis dans ce premier Cahier Laure ne la met pas assez en évidence. Ils tentent de montrer comment le geste d’amour engendre celui de l’écriture mais n’en retiennent souvent que le contenu explicite de manière pédagogique ( à l’exception des témoignages de Jean Frémon, Hubert Juin ou Alain Poinson).
Le lecteur reste au bord des déchirements de la dolente. Les contributions montrent que l’amour chez Laure est le contraire d’une évasion, qu’il est pure perte et pure dépense dans le sacré mais rien n’est dit de la présence dans l’écriture du corps, de ses nerfs, ses viscères et de sa chair. Or le désespoir s’alimente de leur énergie comme de la dignité de Laure. Disparaît aussi la problématique centrale de celle qui n’a jamais confondu les mots et les vécus, les morts et les vivants. Jusqu’à l’instant ultime, il ne fut question que d’un instinct de sur-vie. Il imposa d’en passer par la mort parce que les autres « voies » n’étaient plus possibles.
Néanmoins il ne s’agit là que du premier des Cahiers. Ce qu’il présente dans ses jeux d’échos vaut néanmoins la chandelle. Il prouve entre autres que la présence de Bataille face à Laure ne pouvait être que dérisoire. Celui qui la décrivit éprise d’une « agitation vaine et grotesque » illustre combien – contrairement à lui et à bien d’autres – la mal-aimée savait ce qu’il en était de l’amour. En ce sens, entre la femme et l’homme surréalistes la différence est énorme. Seules chez la première, comme Laure l’écrivit, « les yeux percent la nuit ».
jean-paul gavard-perret
Les Cahiers Laure n°1, Editions des Cahiers, Meurcourt, févier 2013, 272 p. – 35,00 € .
