Leonetta Bentivoglio, Francesco Carbone, Pina Bausch vous appelle
Un beau livre profond sur la grande chorégraphe de notre temps
Bachelard l’avait bien vu : tandis que le concept est constitutif, l’image, elle, est variationnelle. Avec Pina Bausch, nous sommes dans le règne de l’image, de l’image poétique, faisant délirer nos sens et nos pensées, les lieux, problèmes et fantasmes de notre temps. Pina Bausch, ou la recherche continuelle, inépuisable, méticuleuse, acharnée d’un théâtre dansé en délire du sens, théâtre danse du corps, où le corps des danseurs se libère des captations et figements de la rationnalité classique pour explorer, exploser, créer, et qui parle de l’âme à l’âme…
Ce beau livre s’attache à suivre comme un parcours intérieur, un échange entre l’œuvre de Pina Bausch et la fascination érudite, voyageuse, de Leonetta Bentivoglio, et ce dans un format des plus propices à la lecture transportée : chaque page laisse ouvert un fragment textuel écrit dans un style léger et dense, évocateur et ouvert – autant de fragments variations sur l’observation de thématiques récurentes qui parcourent l’œuvre, l’exploration des circonstances à sa génèse, l’évolution formidable d’un parcours exceptionnel et ses obsessions, ainsi que les ambitions personnelles de la chorégraphe. Cela avec, en vis-à-vis, de superbes photos légèrement floutées, au cadrage serré, intime souvent, rendant toute l’ambiance sensuelle de ces ballets.
Et chaque fragment s’agence dans une progression non linéaire, ni chronologique, mais qui est loin d’être chaotique, suivant des lignes de force, d’échos, de variations, où des thématiques, des pièces, des danseurs, des lieux… réapparaissent sous une nouvelle facette qui en multiplie les suggestions.
Jamais l’on ne s’y sent perdu, toujours emporté plutôt, par ce style libre, cet agencement rêveur, ce livre-hommage qui ne s’empêche pas de dispenser des précisions cultivées agrégées à la marche aérienne de l’ensemble, des synopsis-éclairs précis et amoureux de chaque ballet évoqué, des présentations de membres de la troupe qui nous les rendent familiers.
Un superbe livre à la fois intelligent et beau, de culture et d’art, de ferveur contenue et patiente à suivre l’aventure tempétueuse de la chorégraphe qui a su lancer une part majeure de la recherche chorégraphique et théâtrale contemporaine.
Visitez le site de l’Arche éditeur.
samuel vigier
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Leonetta Bentivoglio (texte) & Francesco Carbone (photos), Pina Bausch vous appelle (traduit de l’italien par Leonor Baldaque), L’Arche éditeur, 184 p. – 19,00 €. |
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