Eddie Muller, Dark City – Le Monde perdu du film noir
Un livre d’ambiance extrêmement documenté à ne pas manquer et à compulser sans modération
Le film noir américain est ancré à jamais dans l’imaginaire des cinéphiles. Les années 40 symbolisent plus particulièrement l’aura qu’il dégage. Que les acteurs soient du côté des good guys comme le charismatique Humphrey Bogart ou des bad guys comme Peter Lorre, tous ont cet aspect bien spécifique du genre, cette touch of evil. Tous ont l’occasion de tenir dans leurs bras la femme fatale et fragile qu’incarne parfaitement Vera Mills dans The Wrong Man. Dans ce magnifique ouvrage d’Eddie Muller, auteur de polars et d’essais sur le cinéma, préfacé par François Guérif, une maquette très classe nous offre des illustrations en veux-tu en voilà ainsi qu’une masse d’anecdotes soutirées des plateaux de tournage d’Hollywood.
À Dark City, les rues et ruelles ne sont pas noires de monde, mais sombres, pauvrement éclairées d’un lampadaire ébréché. Aussi ne faut-il pas s’attarder au croisement de Sinister Height et de Thieve’s Highway. D’ailleurs, les taxis ne circulent plus. Des pas pressés et féminins en encouragent d’autres, plus nombreux. Soudain, déchirant la nuit, des coups de feu s’échangent, un cri jaillit d’une gorge éplorée, une voiture surgit de l’horizon et dans un crissement de pneus s’arrête à proximité. Des portières claquent, des mots s’échangent, un corps inanimé est déposé sur la banquette arrière. Pas le temps de dire « ouf » que tout disparaît et que l’on se demande si on n’a pas rêvé. Et tel est bien le but de ce livre. Outre sa très grande qualité documentaire, Dark City est avant tout un livre d’ambiance, qui s’apprécie d’autant plus que le lecteur, cinéphile averti, a l’esprit fécond. Les pages se tournent avec une fureur mal contenue, et les nombreuses illustrations, pour la plupart des photos de tournage, sont tout sauf muettes. On perçoit cet accent américain. On entend ces voix graves et viriles, et l’on décèle la fourberie et la tricherie chez cette femme qu’on est prêt à croire alors que la raison pousse à s’éloigner d’elle et à s’occuper de ses oignons à soi.
En fin d’ouvrage, toute une gamme d’affiches de films moins connus met en avant ce cinéma de seconde zone qui pullulait. Un peu comme les bonus d’un DVD. Le livre n’est absolument pas fait pour se lire d’une traite. On a le devoir de piocher à droite, à gauche, des anecdotes, des informations, des idées de films à voir ou revoir. Le prix peut paraître prohibitif (47 €), mais c’est un bel ouvrage où la qualité transpire. Un cadeau à faire ou à se faire pour les plus égoïstes. Un ouvrage de référence à ne pas manquer, et à compulser sans modération.
julien vedrenne
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Eddie Muller, Dark City – Le Monde perdu du film noir, Clairac éditeurs, février 2007, 320 p. – 47,00 €. |
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