Leonardo di Costanzo, L’Intrusa
Naples est une réserve d’images pour tout amoureux des images quelle qu’en soit la nature. Leonardo di Costanzo la montre dans une profondeur naturaliste. L’aspect baroque de la ville est effacé au profit de la vision sociale le plus âpre. Après L’Intervallo – narration minimaliste d’une jeune femme séquestrée par un jeune gars de la camora -, ce nouveau film, tout aussi simple d’apparence, révèle des profondeurs cachées que souligne une écriture filmique âpre où le danger est plus sous-jacent que réellement montré sauf à de rares moments.
L’héroïne, Giovanna (venue d’Italie du Nord), est une femme à la beauté sèche que la vie a burinée. Elle va tenter de concilier l’impossible lorsque l’épouse d’un tueur revient s’installer dans l’appartement d’un centre d’accueil avec ses enfants. Les autres habitués sont peu enclins (euphémisme…) à une telle arrivée. Giovanna est coincée : peut-elle prendre le risque de casser une vie communautaire tout en respectant son devoir d’hospitalité ?
Le réalisateur refuse autant le pathos, le tragique gratuit que l’histoire à l’eau de rose. Les liens qui unissent l’héroïne avec la femme du mafieux avancent peu à peu et soudain celles qu’apparemment tout oppose (l’une possède un certain niveau de conscience, l’autre est une sauvageonne qui ignore beaucoup de la vie) vont se reconnaître et se retrouver plus proches qu’on aurait pu le penser. Ce sont des intruses. Pas de même nature mais des intruses tout de même.
Elles se retrouvent sur un pied d’égalité au sein de l’inégalité sociale. D’où un fantastique portrait de femmes in situ. Raffaella Giordano (Giovanna) tient le film que le réalisateur développe pour souligner un drame humain. Il ne tombe jamais dans la simplicité ou le spectaculaire : tout demeure implicite. Preuve que si le cinéma italien a perdu depuis des lustres de sa superbe, il recèle encore des joyaux : L’intrusa en est la preuve.
jean-paul gavard-perret
L’Intrusa,
De Leonardo Di Costanzo
Avec Raffaella Giordano, Valentina Vannino, Martina Abbate
Genre Drame
Date de sortie : 13 décembre 2017 (1h 35min)
Capricci, Paris, 2018
avec d’excellents bonus dont les explications de son travail par le réalisateur
