Léon Werth, Clavel soldat
En 1914, Clavel, rédacteur au Ministère de l’agriculture, libertaire et internationaliste, est mobilisé
Juillet 1914, Jaurès vient d’être assassiné. André Clavel, rédacteur au Ministère de l’agriculture, apprend la mobilisation générale au détour d’une petite gare du Sud de la France, où il prend quelques jours de vacances. Pacifiste mais néanmoins résolu dans ses convictions libertaires et internationalistes, Clavel part de son propre chef faire la guerre à [cette] guerre qu’il souhaite être la dernière. Pendant quinze mois, il vit entre tranchées et granges abandonnées, dans l’ennui qui, peu à peu, fait place à la peur originelle.
Ecrit entre 1916 et 1917, ce roman se révèle intéressant par la manière dont chaque personnage est étudié. Qu’ils incarnent l’altruisme, la générosité, l’empathie ou bien au contraire la mesquinerie et l’égoïsme, tous sont profondément humains. Léon Werth parvient avec ce roman à nous faire partager ce ressentiment qui l’habite, cette aigreur contre l’esclave heureux (…) [contre] cette vieille bourgeoise qui, sitôt sa femme de ménage arrivée, retardait sa pendule de cinq minutes, contre ce soldat, enfin, qui s’inquiète de savoir si, une fois en Allemagne, violer les femmes demeurera condamnable.
Ce livre est attachant par la naïveté, la candeur propre au personnage principal, qui semble découvrir, après les avoir imaginées, toutes ces figures qui lui tiendront lieu de compagnons pendant quinze mois. Pourtant, au bout de quelques centaines de pages, la dénonciation des tares humaines devient pesante. La naïveté semble se transformer en démagogie, et la mise en scène quasi exclusive de personnages bas et obtus finit par lasser. De même, Léon Werth relate tous les faits et gestes des soldats durant leur périple, sans doute pour accentuer l’ennui qui s’installe. Au bout du compte, le lecteur aura certainement une vision plus claire de ce qu’est la guerre. Cependant, l’auteur n’avait nul besoin de s’étendre sur presque quatre cents pages pour nous faire comprendre ses opinions antimilitaristes et sa conviction que l’indépendance de pensée est nécessaire, aussi louables ces positions soient-elles.
juliette bencivengo
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Léon Werth, Clavel soldat, Viviane Hamy coll. « bis », 2004, 377 p. – 10,55 €. |
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