Le royaume où s’enfouir : entretien avec Sonia Ligorred
Sous divers formes, Sonia Ligorred expérimente des retours aux sources premières, des modulations sur l’inépuisable loin des propensions de l’égo. Prosatrice, poétesse, photographe, éditrice (Les Occultés) – on luit doit On a marché sur le crâne, elle creuse son sillon pour former peu à peu un royaume absolu, un royaume où s’enfouir pour en comprendre les arcanes et les profondeurs cachées.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le réveil. Je suis une grande insomniaque, je ne dors bien qu’au petit matin.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Certains se sont éloignés en même temps que certaines âmes, mais ils sont là, ils vivent en moi.
A quoi avez-vous renoncé ?
A l’ennui. Je ne sais plus ce que c’est.
D’où venez-vous ?
De routes sinueuses, de chemins parcourus, de terres arides…
Qu’avez-vous reçu en dot ?
Mes valeurs morales et l’obstination.
Qu’avez-vous dû « plaquer » pour votre travail ?
Je tente de « plaquer » mon hypersensibilité, mais elle me rattrape à chaque fois.
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
La musique. Elle accompagne mes journées.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes et écrivains ?
Dites-le-moi.
Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpela ?
Guernica. Un souvenir d’enfance en Espagne où j’ai durant des heures observé cette œuvre fabuleuse. « La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements, c’est un instrument de guerre offensif et défensif contre l’ennemi. » Picasso
Et votre première lecture ?
Je ne sais plus mais je me souviens de cette magnifique bibliothèque Saint Jean à Lyon où ma mère m’emmenait chaque mercredi. Je ne lisais pas, je dévorais. J’étais sans cesse affamée.
Pourquoi votre attirance vers la photo ?
Parce que c’est ce qui reste, une trace indélébile, un instant immortalisé. On peut saisir une émotion dans un regard, un geste, une couleur et l’image est là pour nous le rappeler.
Quelles musiques écoutez-vous ?
Je suis curieuse de tout, je n’écoute pas un genre en particulier
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je ne relis jamais un livre
Quel film vous fait pleurer ?
« La ligne verte ».
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Moi et tout ce qui vit en moi.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
J’ose toujours écrire. Je n’ai pas peur des mots sincères.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Le village de mon père, parce qu’il respire le souvenir.
Quels sont les artistes et auteurs dont vous vous sentez le plus proche ?
Je me sens proche de tout artiste ou écrivain mais j’ai une passion pour l’artiste Frida Kahlo. Son histoire personnelle, ses souffrances physiques et ses désillusions se retrouvent dans ses peintures et ses écrits que j’affectionne particulièrement.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Faites-moi rêver
Que défendez-vous ?
Le respect de l’autre sous toutes ses formes.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
L’Amour se moque de savoir ce que nous en pensons.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
L’art et la manière de ne rien dire pour tout dire.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
J’aimerais le savoir pour rester encore un peu.
Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 5 septembre 2015.