Le prix Martin (Eugène Labiche/Peter Stein)

Le prix Martin (Eugène Labiche/Peter Stein)

Nous sommes tous soumis à la puissance de nos propres faiblesses

Une étrange atmosphère est installée par un décor d’une réalité comme artificialisée. Les meubles sont étrangement en contraste avec les murs au point d’apparaître ostensiblement disposés. La luminosité, la musique, les tableaux censés représenter le fond du décor procèdent d’une intention de léger décalage. Dès les premières répliques, on est manifestement au théâtre : on semble jouer à montrer qu’on joue. Les acteurs usent de procédés délibérément surfaits, dont la répétition paraît d’abord relever d’une économie bien dosée. Le motif de l’intrigue, ce n’est pas comme à l’habitude la relation adultère, mais c’est la relation amicale, laquelle prévaut sur la tromperie. Cette inversion du vaudeville irrigue la plupart des ressorts comiques de la pièce, dont l’originalité réside dans la dévalorisation de l’amour et l’ironie à l’endroit de tous les codes sociaux de la bourgeoisie du XIXe  siècle.

La troupe, constituée d’une belle galerie de gueules, s’en donne à cœur joie. Le metteur en scène exploite bien les richesses de ses personnages. Le tempo emporte l’attention, le propos nourrissant l’intérêt autant que faire se peut. Le pari de Peter Stein, qui consiste à donner une cohérence, voire une consistance à la pièce, en en faisant une comédie de mœurs, est certes réussi. On est réjoui par le comique répétitif, à la fois brut et ironique. Pourtant, l’attention aux paradoxes développés s’essouffle, trouve ses limites dans la verve satirique exploitée à satiété par l’auteur.
Un spectacle attachant, bien construit, qui amuse en montrant combien nous sommes tous soumis à la puissance de nos propres faiblesses.

christophe giolito

Le prix Martin
D’Eugène Labiche
Mise en scène Peter Stein

avec Jean-Damien Barbin, Rosa Bursztein, Julien Campani, Pedro Casablanc, Christine Citti, Manon Combes, Dimitri Radochevitch, Laurent Stocker, Jacques Weber.

Collaboration artistique Jean-Romain Vesperini ; conseiller dramaturgique Jean Jourdheuil ; décor Ferdinand Woegerbauer ; costumes Anna Maria Heinreich ; lumière Joachim Barth ; maquillages et coiffures Cécile Kretschmar ; effets spéciaux de maquillage Emmanuel Pitois ; assistante à la mise en scène Sara Abbasi.

Production Odéon-Théâtre de l’Europe.
Du 22 mars au 6 mai 2013 au Théâtre de l’Odéon, place de l’Odéon, 75006.
A 20h du mardi au samedi, à 15h le dimanche.

photo © Pascal Victor

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