Le Fils maudit
Un roman au suspense incroyable construit autour de l’enfance maltraitée. Un livre choc à partir de 14 ans
Après des années de sévices infligés par son père, tueur en série de jeunes enfants, Frédéric est enfin libre. Celui qui le maltraitait a été tué lors de son arrestation. À quatorze ans, il quitte enfin le cellier dans lequel il passait la plupart de son temps, attendant les coups. Il décide d’endosser une nouvelle identité. Il se fait passer pour Neil Lacey, un des garçons enlevés par Pop des années auparavant. Mais la police n’est pas totalement dupe, et alors que ses « nouveaux » parents l’accueillent à bras ouverts, il n’en est pas de même pour le frère et la soeur de Neil qui se rappellent d’un enfant cruel et capricieux. Frédéric, devenu Neil, doit affronter les suspicions de ceux qu’il voudrait de tout coeur être les siens. Il commence à gôuter un nouveau bonheur, mais le mensonge le ronge et son passsé ne va pas tarder à le rattraper. Frédéric aura-t-il droit à une nouvelle chance ?
Dès les premières pages de ce roman, Elaine Marie Alphin confronte le lecteur à un choc. Son écriture réaliste nous entraîne dans le monde torturé d’un enfant qui a subi les pires sévices pendant des années, et qui n’a pu empêcher son « père » d’humilier et de tuer d’autres enfants. Autant dire qu’il semble difficile de survivre à tout cela. Et c’est bien un des aspects les plus forts du Fils maudit : la reconstruction de cet adolescent, obligé de se réfugier dans le mensonge pour s’offrir une vie meilleure et un nouveau départ. Comment trouver son identité ? Comment ne pas sombrer dans la folie après avoir vécu ce que Frédéric a vécu ? Cette fiction touche d’autant plus qu’elle entre malheureusement trop souvent en résonance avec des tragédies bien réelles, dont les médias nous abreuvent. Trop nombreux sont les cas de maltraitance ou viol sur enfants, et Elaine Marie Alphin explore l’abominable et l’impensable sans jamais sombrer dans le sordide.
Elle montre aussi les effets destructeurs de la disparition d’un enfant sur son environnement familial : silence, larmes, angoisse et espoir, autant de sentiments qui sont le quotidien de la famille de Frédéric, et de celles de disparus.
N’oublions pas non plus que ce roman est construit comme un thriller, et que l’auteur sait distiller un suspense qui va croissant de chapitre en chapitre : Frédéric sera-t-il découvert ? Pourra-t-il se reconstruire ?
Mais au-delà des mots, on devine la véritable douleur du jeune garçon, qui pourrait être n’importe quel adolescent maltraité en mal d’amour. C’est un roman magnifique centré autour de l’amour, de l’espoir, et du courage que nous offre Elaine Marie Alphin, couronné en 2001 par le prix Edgar Allan Poe du meilleur roman pour adolescents. Une récompense bien méritée.
franck boussard
Elaine Marie Alphin, Le Fils maudit (traduit par Frédérique Fraisse), Pocket jeunesse, 2004, 200 p. – 12,30 €. A partir de 14 ans.