La p’tite Hélène

La p’tite Hélène

Hélène, 17 ans, entre en conflit avec sa mère et part rejoindre son père. Mais l’ennui finit par la pousser aux limites de la marginalité…

Parfois, j’ai envie de crier : « Je veux être aimée, être comprise. » Les mots restent bloqués au fond de moi.
Les mots. Je pensais qu’ils m’aideraient. Ils ne m’aident pas. Pas assez en tout cas. Qu’est-ce qui pourrait m’aider ?
Et qui ? Mon pauvre papa, avec toi, je croyais… Deux solitudes ensemble n’effacent pas forcément la solitude.
 
Claire Mazard nous a habitués aux sujets graves et à une écriture sans concession. Son dernier roman ne fait pas exception et aborde un thème qui lui est cher : le mal-être de l’adolescence et le difficile apprentissage de la vie.
 
Hélène, 17 ans, est en conflit permanent avec sa mère, professeur de français et tout ce qu’elle représente. Aussi décide-t-elle d’abandonner le lycée et de quitter Perpignan pour Lille où vit son père ; mais rapidement, elle s’ennuie et traîne son désarroi entre deux copines tout aussi désoeuvrées qui l’initient aux paradis artificiels et au vol à l’étalage. Huit mois plus tard, Hélène reprend le train, mais paniquée à l’idée de retrouver sa mère qu’elle surnomme « cœur de pierre », elle descend précipitamment à Avignon. Prise de malaise à la terrasse d’un café, elle se réveille chez Laure…
 
Ceux qui ont aimé Le cahier rouge, trouveront peut-être cette histoire moins subtile et reconnaîtront des procédés déjà utilisés : l’écriture intime, le récit ponctué de citations d’auteurs (Sagan, Troyat ou Simenon) et l’importance de la chose écrite en général.
Le journal d’Hélène, première partie du roman, en est aussi le moment le plus fort car il nous fait vivre de l’intérieur la dérive de l’adolescente qui frôle dangereusement les frontières de la marginalité : lorsqu’elle chaparde dans les magasins, on tremble pour elle et on est soulagé que le shit la rende malade. La jeune fille refuse violemment l’aide ou la sollicitude des adultes et plusieurs mois seront nécessaires avant qu’elle n’accepte la main tendue par Laure.
 
Ce retour à un désir de vivre et à une possible aptitude au bonheur est le sujet de la seconde partie, rythmée par l’alternance des points de vue d’Hélène et de Laure. Cette dernière gagnera la confiance de la jeune fille en découvrant et en acceptant sa spécificité, en l’incitant discrètement à mettre en valeur un talent d’artiste qui ne demande qu’à s’exprimer.
On souhaiterait d’ailleurs en savoir plus sur Laure et les raisons qui la poussent à aider une inconnue visiblement paumée et parfois inquiétante. Quant à Éric, son compagnon, il paraît bien trop conciliant et docile face au bouleversement que représente l’intrusion d’Hélène dans la vie privée du jeune couple.
 
Cependant, on s’attache à cette p’tite Hélène grâce à l’écriture directe et sincère de Claire Mazard qui sait parler de souffrance morale sans juger son personnage ni désespérer le lecteur.

patricia chatel

Claire Mazard, La p’tite Hélène, Syros jeunesse, coll. « Les uns et les autres », 2004, 96 p. – 7,50 €.
A partir de treize ans.

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